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SPECTACLE- Le Banquet, mariage, beaufitude et beuverie si affinités

2 Commentaires

Gros buzz sur ce spectacle qui se joue en prolongation au Theatre de Paris, rue Blanche.

J’ai assisté hier à une représentation de ce revival (signé Mathilda May ) de la commedia dell’arte, un genre grandement oublié.

Sur l’affiche, on voit que c’est surtout Mathilde May qui trone au milieu et non celui des comédiens

Avis mitigé sur ce véhicule habilement médiatisé, mais qui ne plaira pas à tout le monde.

Gros événement hier soir au Theâtre de Paris, rue Blanche. Dans la grande salle a lieu une représentation particulière du Banquet, pas celui de Platon, une oeuvre pour laquelle Mathilda May a reçu le Molière de la meilleure metteuse en scène et Ariane Mourier le Molière de la Révélation féminine.

Mathilde May aux Molières

Effectvement, en prélude au show, Mathilda May apparait pour nous remercier d’être venus, d’avoir bravé le virus, elle avertit que ce n’est pas du theatre classique et elle espère que sa proposition va plaire. Surtout, elle nous invite à nous  » lacher » , à profiter de l’euphorisation que procure ce spectacle. Je me suis dit que c’était surement qu »ils avaient peur que le public soit intimidé par les imposantes caméras de France TV disposées en fond de salle et sur le côté.

Néanmoins, un simple «  faites comme si de rien n’était au contraire, oubliez les caméras » aurait suffi, pas un speech du directeur du theatre et de Mathilda May pendant 5 mn pour nous dire de nous lacher. A la fin, cela met la puce à l oreille. Je me méfie quand on me dit que je devrai rire plus fort à un spectacle.

Séquence people. C’est la 1ere fois que je vois Mathilde May en vrai, elle est grande, charismatique, simple , moins longiligne qu’avant mais un beau visage très long rendu encore plus long par un carré de cheveux ultra longs raidis et une frange imposante raide . On remarque d’énormes créoles de 15cm de diamètre qui ressortent des cheveux raidis. Tenue sobre, boots et jeans noirs, pull col rond noir et chemise blanche.

Le spectacle commence avec quelques minutes de retard.

Une bonne entre en scène portant une caisse de champagne puis un vase de fleurs, cherchant son chemin, devant le rideau rouge baissé. Un sketch de pantomine muet à la Buster Keaton. Censé chauffer la salle. Cela marche chez certains.

Le rideau remonte et on voit une belle scène , un beau décor de chapiteau de mariage. Elegant, classique. Cela donne envie.

Il faut saluer le boulot des décors, lumières, costumes, acteurs et la mise en scène échevelée, frénétique avec 10 acteurs qui jouent 15-18 personnages.

Ils rentrent, sortent, se changent, miment, éructent, se roulent par terre, se dénudent, miment les scènes les plus salaces ou scato.

A la sortie, ils sont en sueur, les bougres. Il se sont donnés comme jamais pour graver à jamais leurs exploits sur cette captation historique. Le casting danse, mime, danse, chante, il effectue un travail de commedia dell arte avec pantomime plus un verbal sans langage , juste des onomatopées ou du charabia.

May emprunte des techniques qu’on a maintes fois vues en mime ou impro théâtrale, mais c’est au cordeau, très bien ajusté vs la bande son, les décors, etc. Il y a un sens esthétique très affiné , qui semble issu du cinéma.

Ariane Mourier aux Molières

Le boulot de coordination scénique, de mise en scène globale, est remarquable et mérite un Molière. L’engagement des comédiens est sans faille.

Le choix de rester dans l’outrancier dérange, en revanche. On n’est plus en 1550; je pense. On attend autre chose d’une farce.

Je n’ai pas eu tort. Le show m’a à peine arraché quelques petits rires étouffés. Je souris mais rien à voir avec Sauton qui me fait pouffer de rire toutes les dix secondes par son esprit. Le verbe compte pour moi, comme vous pouvez imaginer. Je suis une personne de langage, de mots.

Il faut supporter cette commedia dell arte pendant 1h40 et surtout sur une trame dramaturgique de type tranche de vie, où il ne se passe rien de transcendant. La tranche de vie est intéressante quand il y a une réflexion un peu socio-psy, qu’on apprend quelque chose à défaut d’une ligne dramatique intense.

Il n’y a pas de noeud dramatiques majeurs clairs, il y a une kyrielle de péripéties mineures au fur et à mesure que la journée de mariage dégénère en beuverie nocturne où les pires actes sont commis. Un étranger pourrait au moins apprendre quelque chose des mariages à la française chez les beaufs mais pour un Français, il faut voir. Je crois que ce spectacle se laisse regarder comme un combat de catch. Juste pour le mouvement, les lumières, les grognements, le ballet de la mise en scène.

Chapeau aux artistes

Séquence culture- Cette oeuvre nous ramène aux sources du théâtre né des farces improvisées et caricaturales de la commedia dell arte italienne née vers 1550., art venu du Moyen Age .

On a des personnages types qui représentent un microcosme sociétal: au lieu de personnages identifiés comme Pantalon et Arlequin, on a ici des personnages clichés de mariage : des mariés, des vieux, des débiles, des vieilles peaux, des séducteurs, des radoteurs, des gens, des minettes, etc.

Comme disait une amie qui a vu la pièce avec moi, c’est un mariage de beaufs, on reconnait les situations et cela fait rire. Elle a ri mais c etait pas son kiff m a t elle dit.

L’absence délibérée de dialogues en mots ( parler yaourt aussi utilisé en impro théatrale ) permet de favoriser le focus sur le non-verbal et ce qu »il révèle des personnalités, via les costumes, gestes, le ton de la voix.

Le hic, c’est que cela reste répétitif et superficiel ; en effet, si le théâtre est passé au langage , c’est pour une raison.

Au cinéma muet, les cinéastes donnaient du relief en jouant sur des flashbacks, des cartons entre les scènes avec du texte: ici, rien.

On est donc prisonnier d’une soirée de mariage qui s’éternise, qui s’alourdit inexorablement vers la beuverie la plus crasse. Il n y’ a pas de trame nette. On est perdu, on est las. On ne sait pas qui est qui vraiment dans la famille, on se doute que le barbu est le père de la mariée, mais il pourrait être celui du marié. Les deux débiles idiots du village, on ne sait pas qui ils sont, on en est réduit à regarder leurs « gags » en se disant que c’est bien vu, mais creux voire gratuit. Oui, on vit ce qu’on peut vivre dans certaines soirées où on ne connait personne et où on n’a pas d’affinités.

Il y a une galerie de personnages bien répartie, entre le tonton DJ, le photographe neu neu, la vieille dragueuse, etc. Tout ce beau monde s »invective en mode Cro Magnon. On aurait voulu des moments muets basés sur le geste , le corps.

Avoir un nom , ça aide…

On sait que May fut danseuse élève au Conservatoire, on sent qu’elle a le regard du chorégraphe avec ses pantomimeurs qui sont d’une souplesse épatante.

Mais voilà, l’histoire sans mots patine, s’enlise, en dépit de quelques coups de theatre : mamie a perdu son chien Titi, par exemple.

Bref, si vous avez déjà vécu ce genre de mariages-beuveries de french beaufs , vous pourriez trouver cela rigolo, plaisant et divertissant ( comme une partie du public en standing ovation), mais si vous abhorrez l’outrancier et aimez de vraies intrigues, la profondeur psychologique, les moments de poésie et d’émotion, vous pourriez vous ennuyer malgré la débauche d’énergie non stop .

Mieux vaut aller voir des lectures de textes , des Olivier Sauton, les Monologues du Vagin.

May aurait du laisser respirer par moment et laisser certains personnages seuls en scène rentrer dans leurs émotions, pour que le public soit davantage touché.

Ceci éviterait le carrousel troupier qui plombe.

Il y avait moyen de créer une histoire intéressante même en muet.Inutile d’avoir en permanence 10 acteurs sur scène.

Le spectacle manque assurément de subtilité dans la direction des comédiens. On a de la scato gratuite également jusque dans la vidéo d’enfance des mariés qui se réduit à peu de choses de mémorable.

La fin décevante de clichés me parait aussi bateau que sexiste avec toujours le même role pour l’homme et le même pour la femme, assez mièvre et manquant assurément de modernité.Mais elle est superbement illuminée et les effets sont esthétiques.

La star May a en tous les cas bénéficié de moyens hors normes pour cette production. Dix comédiens, c’est impensable d’ordinaire. Notez que la plupart des productions ont un à 4 acteurs max. C’est la fureur des un- deux- trois en scène. Molière ou Shakespeare ne monteraient jamais rien de nos jours.

Très honnêtement, je me demande si la pièce aurait trouvé preneur sans le nom May derrière, belle actrice bien vue dans les milieux parisiens. On sait que de nos jours le show business ne marche qu’en name dropping et bankabilité, mais je pense que si c’était Bla Bla Dupont qui proposait cela, personne n’aurait levé un cil…tout comme pour Peau de Vache d’ailleurs. ( cf après) .

Là au moins, on parle , et on se marre et ce n’est pas vulgaire

Dernière confidence, à un moment, j’ai même songé que j’aurais dû rester chez moi rattraper les derniers épisodés de Magnum de mardi , en replay sur TF1 Replay. Je me disais qu’au moins je rigolerais bien avec les blagues de Magnum avec les autres personnages, Higgings, TC, Rick,Katsumoto.

Néanmoins, je reconnais que le Banquet est audacieux à notre époque, et quelque part plus moderne dans sa facture que Peau de Vache, ce véhicule atrocement éculé, ringuissime avec Chantal Ladessou cabotinant à mort sur un scénario abyssal destiné à lui donner la possibilité de pérorer sottement devant ses fans tout ébaubis. Tous les comédiens étaient nuancés sauf elle qui en faisait des tonnes, sure de son parterre de fans. Ladessou comme comique, OK, malgré une diction abominable, mais Ladessou en habits 70 dans une fausse fermette de campagne à faire du Ladessou au lieu de jouer son personnage, c’est abominable. Aucun effort de diction, aucun effort de subtilité, aucune émotion. Le décor digne d’un vieux machin de Récré A2, aucune innovation, kitsch et ringard. Mais rassurez-vous, ce machin de sous- boulevard se jouait à guichets fermés. Les fans sont contents, donc …

NB- je me souviens maintenant qu’une camarade de cours d italien l’a vu aussi ( le Banquet) au Rond Point l’an dernier, et n’a pas du tout aimé. Il faut dire qu’elle ne sait même pas qui est Laura Pausini, c’est une mamie élitiste intello qui n’écoute que du Von Karajan .

Bon, il est toujours bon de se challenger un peu et de sortir de l’art écrit, de temps à autre !

Autre truc sympa pour conclure, le Thêatre de Paris est un beau lieu doté d’un foyer – café très beau et impressionnant. Il vaut le coup d oeil.

Fr- A Cahors, succès au rendez-vous

Jusqu’au 15 mars au Théâtre de Paris ( métro St Lazare ou Trinité Estiennes d Orves)

.

2 réflexions sur “SPECTACLE- Le Banquet, mariage, beaufitude et beuverie si affinités

  1. J’ai vu Ladessou il y a quelques années dans une pièce où il était question d’un lapin ( ?) . Je n’ai rien compris à ce qu’elle disait, sa diction était déplorable.
    Quand j’ai lu qu’il n’y avait pas de paroles dans la pièce Le banquet, j’ai renoncé, apparemment à raison.

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