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CINE- La Llorona, une fable implacable latinoaméricaine

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Que de films intéressants ces temps-ci. Et il ny’ a pas que les sempiternels films à Oscars .

La Llorona de Jayro Bustamante nous emmène très loin, au Guatelama, un pays peu connu encore meurtri par les cicatrices d’une dictature sanglante en 1982-1983.

Officiellement classé dans le genre horreur, il s’agit en fait d’un drame psychologique intense, empreint d’une touche de fantastique , qui dénonce un génocide atroce et le sort d’une famille fossilisée dans le déni des crimes  » nazis » du père.

La Llorona est parfois traduite comme la Dame Blanche,sorte de mère pleureuse ayant perdu ses enfants, parfois vengeresse, qui hante les cours d’eau et les gens qui entendent ses pleurs déchirants.

Je ne regarde jamais de films d’horreur et je les ai en horreur. En fait, la Llorona n’est pas un film d’horreur, je parlerais plutot de suspense fantastico-psychologique. Il n’y a rien de cette horreur gratuite et débile des films pour ados américains.

Le film évoque en fait le dictateur sanguinaire Efraín Ríos Montt, un horrible bonhomme mort à 91 ans, condamné pour génocide mais acquitté par la Cour Constitutionnelle. Il avait pris le pouvoir par la force en 1982 avant de le reperdre.

Dans le film, il s’agit d’un general Monteverde, le conquistador par excellence, militaire violent, raciste, qui tue, viole, les Mayas sans pitié.

On est tout de suite pris par l’atmosphère pesante, rigide, catho facho, froide comme l’acier, représentée par la bigote mère, froide comme une nuit de décembre au Pole Nord. On sent la condescendance, le racisme envers les Mayas. On sent que les femmes de la maison sont castrées par le machisme militaire du patriarche tout -puissant, lubrique à ses heures, et de plus en plus sénile.

Seule la petite-fille semble vibrer encore d’un peu de vie.

Je vous laisserai voir l’ambiance d’une Amérique Latine prisionnière de sa caste fasciste, « franquiste », archi obsédée par le communisme. Très beau boulot du réalisateur et des acteurs, parfaits.

Le film est en espagnol et en langue maya. Un vrai voyage, une opposition entre deux mondes. Intéressant de voir les relations entre domestiques indiens mayas et patrons blancs.

La famille Monteverde est en fait une famille de morts vivants. La fille médecin a l’air de tenir par miracle debout, assurant jusqu’au bout le soutien à ses parents, un couple antipathique à souhait, à la Ceaucescu.

Toute la réussite du film c’est d’arriver à instiller une certaine humanité au couple Monteverde, mortifère mais cocasse et finalement pathétique comme le sont tous les vieux qui perdent leurs facultés. Lui est sénile et se retrouve leurré par la Llorona, un mystérieux esprit qui le réveille la nuit. Elle commence à voir ses verrous sauter, se relacher , à sa plus grande surprise.

Le personnage de cette mère dure , cassante, emmurée dans sa froideur , est le plus intéressant, quand on considère tout le parcours que fait le personnage entre le début et la fin. Vous verrez comment elle réalise les crimes commis par son odieux époux, alors qu’au départ elle est persuadée que les victimes de viols sont des putes, des femmes qui l’ont cherché ( la culture du viol en puissance, c’est la faute de la violéé) .

Le film évoque bien les victimes de la dictature mais aussi l’impossible destin de la famille du dictateur, prise en otage avec des crimes qu’elle n a pas commis. Il dénonce bien le mal qui gangrène l’Amérique Latine, son passé sanglant, son instabilité politique.

Le réalisateur mêle habilement une atmosphère surnaturelle avec les pleurs de la Llorona et des séquences oniriques dont on ne sait si elles sont réelles ou l’imagination du vieil homme. Il y a une ambiance un peu horrifique surnaturelle, mais rien d’un film d’horreur puisque j’ai pu le regarder sans souci. Je parlerai plutot de drame psychologique ou de de drame historique fantastique. Il y a du suspense, mais le film est soft , il suggère la violence.

L’horreur suffit par elle-même dans l’évocation du génocide maya. Belles trouvailles scénaristiques, utilisant des symboles, des métaphores, y allant progressivement pour évoquer ce que le général a fait.

Les acteurs sont parfaits, la réalisation tout à fait excellente et l’histoire bien menée. On reste marqué par l’ambiance glacée, cette froideur de la mort qui hante les victimes directes et collatérales….y compris dans la famille des bourreaux.

Quand on voit le mal que cela fait aux siens de faire du mal à autrui, on a encore plus envie d être intègre et pacifique.

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