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PEOPLE- Placido Domingo: Casanova est démasqué

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C’est vraiment avec tristesse et stupeur que j’ai observé Placido Domingo chuter en quelques jours de son piédestal de légende de l’opéra.  Son parcours incroyable était un modèle de carrière professionnelle et artistique pour tous, sa soif d’apprendre insatiable. Le hic qu’on connaissait moins, sauf dans les coulisses feutrées des opéras, c’était aussi son appétit insatiable de séduction, sa libido digne d’une caricature de latin lover casanovesque ultra lourdingue, et son égo de harceleur machiste rancunier.

Placido prenait ses désirs pour des réalités

Associated Press a rompu le silence en faisant le MeToo de l’opéra, enquêtant auprès de nombreuses victimes de celui qui se croyait un latin lover, mais s’avérait surtout un prédateur insupportable.

  • Génie de l’opéra
  • Le prédateur se voyait en irrésistible latin lover
  •  » c’était une autre époque »

Me Too avait touché de nombreux secteurs du showbiz, cinéma, télévision, sport, journaux, pop music ( on attend encore celui du cinéma français malgré quelques tentatives contre Luc Besson), mais peu celui de la musique classique. C’est fait avec l’affaire Placido Domingo, véritable dieu vivant de l’opéra, cet art majeur qui unit tous les arts de la scène ou presque : musique, chant, dramaturgie, danse, arts visuels et art dramatique ( il manquerait le cirque peut-être).

Comment dire non à Dieu ? ( une des victimes)

Quel choc de voir Associated Press sortir une enquête détaillée sur les méfaits de Placido Domingo dans les années 80. Placido, c’est un des Trois Ténors, un des grand succès marketing de l’art lyrique. Copié, jamais égalé, le trio rendra l’opéra accessible au grand public.

Même Miss Piggy craque

Fringant, élégant, charismatique, bel hidalgo sympathique, Placido enflamme les salles par son talent scénique et sa voix d’or. Contrairement à Pavarotti, son rival italo- italien au répertoire forcément limité mais dont la qualité vocale est jugée techniquement la meilleure, Placido peut chanter en français, allemand, espagnol, bref, toucher à tout le répertoire lyrique. A titre personnel , je n’ai jamais beaucoup apprécié le timbre de voix chevrotant de Pavarotti, préférant d’autres voix comme Carreras, Domingo, Alagna, Kraus. En fait, j’apprécie encore plus les voix féminines comme Dessay ou les contre ténors comme Jarrousky ou Cencic.

Ténébreux et romantique à souhait, Domingo en impose dans Carmen, face à l’incandescente Julia Migenes

Contrairement à Pavarotti, Domingo bénéficie d’une photogénie de héros romantique qui lui permet les premiers opéras au cinéma. On le remarque avec Julia Migenes et Ruggero Raimondi dans l’inoubliable version filmée de Carmen.

Domingo propose et obtient de chanter en direct et en mondovision Tosca, sur les lieux et aux heures de l’intrigue, ce qui supposait trois séquences de direct sur deux jours. Je me souviens l’avoir regardé à la télé, ce fut un moment exceptionnel, accessible à tous. Une première mondiale.

Domingo est un boulimique d’activité (hum !) , il apprend, étudie sans cesse. Il devient consultant artistique pour l’Opéra de Washington, de Los Angeles, il devient chef d’orchestre et oeuvre au Met ( Metropolitan Opera) de New York, une consécration. Passer de chanteur à chef d’orchestre et diriger les plus beaux orchestres du monde, il faut oser.

Il crée son concours de talents lyriques, Operalia et lance des talents comme le ténor du moment mexicain Roland Vilazon ( qui a supplanté Roberto Alagna, davantage vétéran désormais)  ou la Suédoise au timbre sublime , Nina Stemme .

« A l’orée de ses 80 ans » ( on le soupçonne de cacher son âge et de se rajeunir, il aurait bien 85 ans pour certains fans) , Domingo apparait dans divers documentaires comme un artiste complet, admirable de générosité et un vieux sage désormais désireux de transmettre sa passion aux jeunes.  Sa voix mature est passée de ténor à baryton, mais au lieu de se lamenter comme une actrice décrépie qui se lifte sans cesse pour rester jeune, il se réjouit de pouvoir explorer les rôles de baryton, un nouveau territoire .

Marta l’épouse en 1962, naitra Placido Junior en 1965

Fils de chanteurs d’opérette, Placido est un enfant de la balle. Dans sa jeunesse , il accompagne ses parents sur scène. Il grandit d’ailleurs au Mexique où ses parents s’étaient expatriés. Marta, son épouse de toujours et son fils aîné sont aussi tombés dans la marmite du chant lyrique. Notons que Marta a 84 ans et qu’on soupçonne Placido d’en avoir  85 . Placido a éternellement 78 ans, ce qui en amuse plus d’un.

Placido et Marta …

Inoxydable, Placido entamait l’automne de sa carrière trente ans après tout le monde et avec une joie de vivre de papy gâteau de l’opéra. On a pu voir un très beau documentaire hommage cette année sur notre PAF.

La souillure, c’est quand AP révèle le pot aux roses en ce début août ( en pleine période de festivals d’été) , des actes qui auraient été un secret de Polichinelle dans le monde très très feutré de l’opéra.

L’enquête accumule les témoignages troublants et détaillés de neuf femmes qui affirment avoir subi le harcèlement dudit dieu vivant de l’opéra. Ce ne sont pas  a priori des divas intouchables comme des Natalie Dessay , Renee Fleming ou  Barbara Hendricks , non, ce sont des chanteuses, employées de coulisses, une danseuse également, qui ont une notoriété mais étaient encore dans des rôles secondaires,  dans le Choeur ou aspirantes.

Tout comme Weinstein mais en moins extrême, Domingo a un modus operandi qui consiste à être très lourd, harceleur téléphonique, mains baladeuses. Il force des baisers visqueux sur des figurantes qu’il harcèle par la suite de ses assiduités, s’invite dans les vestiaires et les loges de ces dames, entrant sans permission pour proposer d’aller chez lui pour une « masterclass perso » qu ‘on devine coquine.

Personne n’ose broncher, car il est aussi parfois le directeur de casting. Même sans être directeurs de casting, les divos et les divas font la pluie et le beau temps car elles sont les têtes d’affiche, celles qui attirent le public. Désirées aux quatre coins du monde, elles remplissent les salles rien que par leurs noms. Elles peuvent imposer ou rejeter des noms facilement.

Placido n’aurait jamais osé harceler la reine des divas ibères, Montserrat Caballé

Les victimes ne savent plus quoi faire pour éviter diplomatiquement leur poursuivant. A lire les témoignages étonnamment concordants de ces dames, il se croit séducteur casanovesque totalement désirable, un cadeau, un don de sa personne aux dames.

A l’une de ses victimes lassée qui décide d’accepter de coucher avec lui, il donnera dix dollars, non pas pour payer sa prestation nocturne, mais par galanterie: qu’elle n’ait pas à payer le parking de l’hôtel quand même.

Domingo suit de très près Patricia et sa famille, un vrai pot de glu visqueuse

Sur les neuf témoignages complets détaillés, seule une femme a accepté de donner son nom, Patricia Wulf. Reconvertie dans l immobilier, elle ne risque plus rien. Domingo ira même jusqu’à qualifier son mari ( également chanteur d’opéra)  de « rival ». Un véritable délire mégalo digne de Kanye West. Les victimes essaient de rester aimables pour ne pas se fâcher avec celui qui peut leur faire perdre leur job ( et on sait combien c’est précaire dans ces milieux artistiques d’élite) , tout en préservant leur honneur… pas facile.

AP affirme avoir croisé les témoignages avec des collègues de l’époque de ces victimes , qui ont confirmé qu’ils savaient  ce qui se passait, que ce soit d’autres chanteurs ou des employés administratifs .

Domingo ne dément pas formellement mais parle de détails inexacts…. exprimant son affliction d’avoir blessé et heurté ces dames, confirmant son désir de se conformer aux standards les plus élevés de la profession. Sauf que cela ne s’arrête pas à des affaires de séduction perverse, puisque les femmes ( neuf harcelées mais aussi une petite quarantaine de femmes ayant subi des comportements inappropriés , ou refusé des avances non désirées)  qui ont refusé de lui céder n’ont plus travaillé avec lui, compromettant des carrières, les obligeant parfois à quitter la troupe où elles travaillaient.

Jadis, les victimes de harcèlement démissionnaient quand cela devenait trop pénible, de nos jours, c’est encore le harcelé qui se barre de l’entreprise à 75 pour cent ….si ce n’est hélas par la mort ( cf article sur le cyber-harcèlement de Veronica d’Iveco)

Certaines femmes en France , dont Catherine Deneuve, s’inquiètent qu’on ne puisse plus draguer une femme sans en prendre une.

Il y a pourtant une différence très nette entre faire le joli coeur, flirter subtilement et ignorer des nons répétés ( du genre ‘ je suis mariée, je suis occupée, j’ai des enfants, « ) , appeler des gens jusqu’à 3h30 du matin, faire des propositions indécentes tous les soirs à des subordonnées, en les manipulant sur d’éventuelles opportunités de carrière. Sans parler de passer sa main sous la jupe en fin de répétition , ou encore embrasser de force à pleine bouche de façon répétée une personne qui tend la joue. Il me semble que quand quelqu’un dit qu’il est occupé, qu’il est marié, qu’il n’a pas envie d’aller dans votre chambre le soir pour un  » coaching perso » , il est assez clairement inintéressé.

Très clairement, Domingo usait d’abord de son charme et de sa célébrité, puis de son pouvoir. Il avait fini par confondre fiction des opéras et réalité de la vie. Rien ne pouvait lui résister, à lui le divo adulé. Il a toujours été assez visible que  Domingo était un séducteur, avec un oeil de velours brillant , digne d’un latin lover, un besoin de plaire qui est classiquement névrotique chez les acteurs et chanteurs.  Je n’aurais jamais cru néanmoins qu’il se serait abaissé à la prédation sexuelle la plus crasse, digne d’un laideron repoussant  aviné et nouveau riche comme Harvey Weinstein.

En 2014, Domingo prépare Operalia, le concours de jeunes talents qu’il a lancé en 1993 à Paris

Domingo a des fans dans le monde entier, parmi eux, des femmes charmantes prêtes à se laisser honorer , et lui, il faut qu’il en possède qui se refusent à lui. Il lui faut les chasser, les conquérir, les forcer par la persuasion, voire le chantage déguisé, la perversion la plus déshonorante et la plus ordinaire. Quelle séduction de pacotille, de loser malade.

Lui qui offrait une image d’humilité et de simplicité voit sa vanité de latin lover brutal et mauvais perdant exposée dans la lumière la plus crue. Les médias du monde entier ont relayé l’information, obligeant les festivals et opéras à annuler ou confirmer les prestations prévues de l’artiste. Les actes datant de presque 40 ans, il ne risque rien au pénal, mais au civil, il pourrait avoir des problèmes, quoique nombre de victimes travaillent encore et ne souhaitent pas être identifiées et réduites au titre de  » victime de Domingo ».

Les voix de quelques cantatrices compatriotes de Domingo se sont élevées, de chanteuses affirmant n’avoir rien subi de la part du gentleman Domingo… juste de la drague qu’elles auraient éventuellement rejetée et qu’il aurait très bien pris.  Comme si cela invalidait le fait qu’il puisse s’en prendre à d’autres ( visiblement plutôt aux USA) . Choc culturel ou harcèlement ? Vu les faits rapportés par les témoins, cela allait beaucoup plus loin que de simples avances tactiles de latin lover.

L’affaire Domingo est intéressante à plus d’un titre.

Elle évoque une époque ancienne mais pas si révolue dans les moeurs d’entreprise. Nombre de gens savaient et n’ont rien fait pour aider les victimes, s’amusant même de voir la victime jouer au chat et à la souris avec le  » séducteur » , comme si c’était un simple Tex Avery et je parie que certains se dirent même qu’elle avait de la chance d’avoir un aussi bel homme génial et célèbre à ses trousses.  Jadis, on parlait volontiers d’insatiable séducteur ou de dragueur invétéré , de nos jours, c’est devenu suspect, pathétique, voire pathologique.

Tout ceci me rappelle DSK, le pote de Dodo la Saumure. Il sévit désormais en toute discrétion au Maroc avec sa compagne Myriam, dans sa villa de luxe ( ou de luxure , on suppose).  Ses amis du PS ont parlé de « drague lourde », rien de bien méchant en somme. On avait encore peur d’appeler un chat un chat. Puis on a eu Denis Baupin, le don juan pénible du parti écologiste. Un autre cas d’école sur la honte et le silence des victimes face à un dragueur brutal … en fait un agresseur sexuel.

Jadis au cinéma, on voyait nombre de scènes de « séduction active » , le style de scènes qu’on ne voit plus désormais, car on ne force plus une femme à un baiser en l’entrainant de force au lit. Mais de nos jours, toute la jeunesse a accès au porno le plus brutal sur internet gratuitement, et remime les actes sexuels les plus vils, même entre mineurs. Alors…

Le point de vue de Domingo qui nie toute malveillance prédatrice montre qu’il ne se rend pas compte de ses excès de comportement même avec les standards de l’époque. Lui pense que c’est drôle et amusant, que c’est un  jeu de corrida sexy normal entre un homme et une femme…. mais quid du boycott professionnel en représailles ?

Le souhait des victimes qui ont témoigné est d’ailleurs surtout de lui faire prendre conscience du mal qu’il a  fait,  plutôt que de réclamer la fin de sa carrière d’artiste ou de l’argent.

On se demande aussi ce qu’en pense Madame Marta Domingo , son épouse  depuis 1962 , soprano mexicaine de 84 ans  devenue metteuse en scène d’opéra internationale. Se doutait- elle que son cher et tendre avait la bagatelle aussi cruelle pendant qu’il était de passage à Washington ou à Los Angeles.  A mon avis, elle se doutait qu’il était Don Juan, mais pas au point de harceler ainsi.

L’humiliation de toute sa famille , de sa chère Marta et la tache indélébile sur son CV , autrefois immaculé de légende de l’opéra,  restent peut- être la pire sanction pour Domingo. Il a déjà essuyé plusieurs annulations et ses anciens employeurs sont en train d’enquêter sur les témoignages recueillis par l’AP. On est loin de la gravité du cas Michael Jackson , DSK ou Weinstein, mais quand même.

 

 

 

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