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CINE- Douleur et gloire, les vies secrètes d’un artiste

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Douleur et gloire pourrait sembler un film tranche de vie. J’entends des gens dire qu’il ne s’y passe presque rien mais que c’est super.

Moi, je trouve que c’est un film où il se passe au contraire beaucoup de choses , un vrai voyage dans l’intériorité d’un artiste, et ce n’est pas de tout repos.

Je n’ai découvert Almodovar que depuis peu, en voyant La Mauvaise Education et Julieta sur Arte. J’avais toujours eu un peu de méfiance par rapport à son style kitsch, cru voire outrancier. J’y ai découvert un scénariste brillant qui sait construire des intrigues qu’il déroule au fur et à mesure avec délectation, et un réalisateur original , indéniablement talentueux, qui évoque la prédation ou la sexualité de façon âpre et sensuelle, à sa manière.

Douleur et gloire est considéré comme le film le plus intime du célèbre Espagnol. On pourrait parler de film testamentaire , mais bon, Almodovar (69 ans) me semble en bien meilleur état que le réalisateur dépressif et malade qu’il fait jouer à Banderas.

La pilosité axillaire de Banderas donne un effet cocasse

Dans cette oeuvre , le cinéaste évoque via une histoire de réalisateur fictive l’histoire de sa vie, avec une maman forte, idéalisée, et un papa absent. Via des flashbacks très fluides, on fait des allers retours entre sa vie de maintenant, percluse de maladies ( sa mauvaise santé est présentée avec beaucoup d’humour) et de dépressions.

Penelope Cruz est bien sur l’élue pour incarner la maman du cinéaste. Un peu trop bien maquillée, on sent combien elle est idéalisée.

Elle passe par la suite le relais à une autre actrice qui ne lui ressemble pas du tout, et qui incarne la mère à l’automne de sa vie.

Banderas incarne parfaitement cet homme brisé par d’insondables douleurs, deuils, déceptions personnelles, qui s’ennuie. Il lutte contre le blocage émotionnel qui l’empêche de tourner de nouveau. Il n’a plus le jus. Banderas trouve là un rôle à contre emploi qui démontre son talent. Il est précis et subtil dans son non verbal, méconnaissable. Fini le latin lover hétéro conquérant, voici un artiste gay replié sur lui même.

Almodovar évoque avec humour mais vérité cette peur , cette timidité, cette anxiété qui mine son héros.

Le film se déroule par séquences, les noeuds dramatiques majeurs arrivant comme par surprise, sans logique particulière.

Le casting est parfait, excellemment dirigé.Je trouve que ce film sobre, entre émotion et humour, avec de beaux portraits me fait penser à des films récents de Woody Allen. Une partie du succès du film repose sur le talent des interprètes, la finesse de la direction d’acteurs, et la qualité des dialogues.

Les péripéties se succèdent. A chaque fois notre personnage vit divers chocs émotionnels , avec plus ou moins d »humour.

La dernière partie est émouvante, entre le fils adulte et sa mère, une femme pas commode et sans ambages.

En parallèle les flashbacks de son enfance évoquent les faits qui ont marqué l’artiste, les douleurs secrètes et intimes qui l’ont poussé à devenir artiste.

Un film très émouvant et réussi sur les tourments d’un artiste, les douleurs de créer.

Ce film parlera en particulier à ceux qui créent, qui essaient de créer.

Pour les autres, il reste un film tranche de vie subtil et intimiste, avec de jolies touches d’humour de situation et de beaux moments romantiques et nostalgiques. Il évoque aussi le bilan d’une vie, ceux qui sont partis, ceux qu’on a déçus, ceux qu’on a trahis.

Almodovar ose même évoquer pudiquement ce qui a déclenché son attirance pour les hommes, de façon délicate et suggérée. Pas de scène crue dans ce film.

NB- J’adore tout spécialement la manière égalitaire dont Almodovar traite les histoires homos dans ses films. Il ne filme pas différemment les scènes charnelles, filmant la nudité, les étreintes passionnées de la même façon pour une femme ou un homme. C’était particulièrement visible dans La Mauvaise éducation, un film dérangeant sur la prédation, où chaque protagoniste est victime et prédateur sexuel, avec en prime la séduction sensuelle qui créer le paradoxe.

La vie est un patchwork de passions secrètes que personne ne voit. Pour évoquer sa vie, Almodovar a choisi le mode sobre et subtil.

Sait-on jamais vraiment qui sont les gens ?

En cette Fête du Cinéma, c’est le film à voir.

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