L'effet colibri, the hummingbird effect

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CINE- Pourras-tu me pardonner un jour ? Dans le monde de Lee

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Ces temps-ci, les films de reines sont devenus la nouvelle mode. Celui-ci ne nous présente pas de femme de pouvoir. Mais plutôt une artiste occulte pas comme les autres. Melissa Mc Carthy s’avère admirable dans ce film qui évoque les méfaits réels de l’écrivain Lee Israel, une incroyable faussaire litteraire.

Réalisé par Marielle Heller, Pourras-tu me pardonner un jour ? est un film remarquable, touchant, efficace, qui nous fait découvrir le monde d’une femme pas spécialement top model, au caractère revêche, mais brillante et pleine d’imagination.

Melissa McCarthy est une actrice que j’avais adorée dans The Heat ( Les Flingueuses) où elle tenait la dragée haute à Sandra Bullock. , en femme flic locale, prolo brute de décoffrage, versus une Bullock agente du FBI bourge.

Je n’ai pas suivi sa filmographie par la suite, mais elle s’est notamment illustrée dans diverses comédies où elle jouait des femmes « pleines de ressources », toujours sans complexes, qui n’ont pas peur du ridicule ou du moche ( l’apanage des grandes comédiennes).

C’est donc avec plaisir que je l’ai retrouvée dans ce film doux-amer qui raconte l’étonnante aventure criminelle de Lee Israel, une écrivain new-yorkaise qui avait connu une période de succès comme pigiste ou biographe. On lui reconnut notamment un article sur Katharine Hepburn pour le magazine Esquire.

Par la suite, Lee réalise quelques biographies dont l’une connaîtra un grand succès. Son opus sur Dorothy Killgallen est un best-seller classé par le NY Times.

Mais 1985 s’avère un désastre. McMillan Publishing lui commande une bio non autorisée d’Estée Lauder. Lauder en a vent et diligente sa propre biographie afin de devancer ce livre. Elle propose de l’argent à Lee pour l’écrire. Mais Lee refuse …et se voit contrainte de speeder pour boucler avant la sortie du « livre officiel » de la magnate des cosmétiques.

Excellente Jane Curtin en agent littéraire lassée par les excentricités de Lee.

Lee dira avec ironie qu’elle avait commis l’erreur de refuser l’argent d’une femme riche comme Oprah pour bâcler un livre dans des délais impossibles. Sa bio non autorisée de Lauder est un désastre commercial , vilipendé par la critique. Lee se retrouve sans boulot, rejetée par son agent qui lui suggère de changer de carrière.

Alcoolo, pas coquette, voire crade, Lee n’est pas du genre aimable et son caractère aigre lui joue des tours. Elle se retrouve esseulée, aux abois. Le film démarre en 1991, alors qu’elle touche le fond financièrement. Elle ne peut plus payer les factures de véto pour son chat adoré, son seul ami.

Lee aura par hasard l’idée de forcer le destin en ajoutant quelques lignes à une lettre de Fanny Brice trouvée dans une bibliothèque où elle fait des recherches sur la star, célébrité de la radio américaine. L’engrenage s’installe avec la complicité de revendeurs fascinés et d’un complice , Jack Rock; un homme aussi alcoolo qu’elle, gay, dealer et vivant d’expédients. Ils s’allient.

Le duo formé par Melissa McCarthy et le charismatique Richard E Grant fonctionne à merveille.

On suit avec curiosité les délits croissants de la faussaire qui invente carrément des lettres de célébrités, y compris des célébrités littéraires comme Noel Coward, un des plus célèbres auteurs de comédie anglophones. Il faut non seulement avoir des machines à écrire ad hoc, mais surtout de l’imagination et potasser pour savoir de quoi pourraient parler ces célébrités usurpées.

Un travail de maestra. Les lettres dupent leur monde….pour un temps du moins.

Lee vendra 400 lettres à divers revendeurs, avec l’aide de son complice quand elle sera sur le point d’en faire trop. Elle démarre avec Fanny Brice, mais se lance sur des pointures de l’écriture humoristique et de la dramaturgie comédique comme Noel Coward, ou Dorothy Parker, dont on voit ici un faux hors pair conclu par la phrase titre du film. Elle imite aussi des acteurs, des stars diverses. Deux lettres de Lee finiront dans une biographie de Noel Coward en 2007, c’est dire la qualité de ses faux.

Il faut oser. Lee se le permet.

Par la suite, Lee va jusqu’à interchanger ses faux avec des originaux (qu’elle revendra) dans des musées ou des bibliothèques. De par sa gloire passée, elle obtient des accès que d’autres n’auraient jamais obtenu.

Lee passera entre les mailles du filet de nombreux revendeurs, « spectaculairement peu regardants », d’autant que les contenus sont juteusement salaces ou étonnants. Lee affirmera écrire même mieux que Dorothy Parker elle-même. Grisant.

Au delà des aventures et déboires de la faussaire littéraire la plus étonnante de l’ère moderne, ce film s’avère le portrait touchant d’une femme seule en situation de précarité, qui se laisse tomber au plus bas. On ne nous épargne pas les détails.

Melissa McCarthy incarne superbement ce personnage de femme pas soignée, ingrate, qui fait comme elle peut. Melissa a une grâce étonnante. Elle s’assume superbement et on le voit à l’écran. Malgré sa perruque, ses vêtements bof et son absence de maquillage, Melissa est belle, on dirait Nicole Kidman sans Botox mais avec 25kg de plus.

Richard E Grant est aussi parfait en pauvre intrigant , pipeauteur et pathétique.

Marielle Heller réalise un film psychologique, de suspense, et culturel, adaptant l’autobiographie que sortira en 2008 Lee , qui fit polémique.

Marielle Heller dirige

Le film se regarde avec plaisir. Melissa aurait pu obtenir l’Oscar, mais elle s’est heurtée à Olivia Colman cette année ( la Reine Anne dans La Favorite) .

On rentre dans l’univers de cette femme isolée , sans pour autant être dans l’apologie du crime ou l’excuse facile. Le film nous montre l »engrenage d’une Lee qui se prend au jeu, désireuse de se trouver du cash rapidement. L »histoire de Lee Israel fait réfléchir à la précarité des écrivains, ces êtres sensibles, solitaires souvent, tentés par une vie de repli sur soi. Qu’est ce qui bloque le sens créatif, qu’est ce qui fait que Lee préfère se lancer dans le faux au lieu d’écrire finalement en son nom , ses propres histoires. Lee dira que ses faux resteront ses meilleures oeuvres. Mais j’en doute, ses mémoires doivent être au moins aussi caustiques.

La vraie Lee ( décédée en 2014) aura finalement transcendé ses démons pour écrire en son nom sa propre histoire.

Côté faussaire, on peut aussi penser à Mark Landis, un peintre faussaire étonnant , qui a offert des dizaines de faux de grands peintres à des musées aux USA. Il ne fut jamais condamné car il n’avait jamais tiré aucun bénéfice de ses dons. cliquer ici pour voir la bande annonce d’un documentaire sur le sujet.

Bravo à Melissa Mc Carthy pour ses personnages de femmes ordinaires, loin des reines et autres bimbos. Elle leur apporte son authentique génie dramatique et comique, sans botox et autres bêtises. Mine de rien, cela change quelque chose d’avoir un vrai visage expressif en grand écran.

Selon sa réalisatrice, Melissa serait l’inverse de Lee : solaire et pétillante

Eng- A lire après avoir vu le film, les détails sur la vraie vie de Lee vs. le film

Eng- Admirons les faux de Mark Landis, un drôle de plaisantin usurpateur maladif ( ci-dessous la bande annonce du documentaire qui lui fut dédié en 2014)

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