L'effet colibri, the hummingbird effect

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CINE- Sorry to bother you, vertueusement dérangeant

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Son réalisateur Boots Riley voulait que ce film mette mal à l’aise , eh bien, c’est réussi et à raison. Il a su ménager ses effets entre la bande-annonce qui annonçait une satire sociale américaine bien aiguisée et l’hyper-réalité d’un film qui ose déranger. Se déclinant en tiroirs au fur et à mesure qu’on avance dans l’histoire, le film ne cesse de maintenir son auditoire sur la brèche, le prenant de court dans l’acte final.

Drôle mais stressant, rigolo mais angoissant parfois, oscillant entre thriller d’anticipation et satire sociale , l’OVNI Sorry to bother you ne vous laissera pas indifférent.

Quand on regarde la bande- annonce , Sorry to bother you semble une sorte de petit film indie américain qui satirise la société américaine. Mais sous la satire couvent bien d’autres choses.

Contrairement à tous ces films américains convenus et commercialement formatés qui vous mènent d’un point A vers un point B , cet OVNI néo-années 70 se rebiffe avec bonheur. Il se cabre et vous désoriente comme peu de films n’osent le faire. Un conte initiatique dont on ne devine pas la fin.

La salle est pleine quand je m’y rends hier soir , attendant probablement ce que promet la bande-annonce, une bonne rigolade sur cette société américaine extrême qui nous concerne tous. Car ce qui se passe aux US finit par se passer en Europe : les gangs, les sex tapes, la malbouffe, l’obésité, les gens siliconés de partout, etc.

L’histoire commence exactement comme dans la bande-annonce. Le héros , jeune afro-américain aux abois a trouvé un job dans un call-center toujours prêt à recruter de la chair à télémarketing.

La réalisateur nous présente un monde de ghetto situé à Detroit, où les gens survivent péniblement entre petits boulots au call center Regalview et Worryfree, une étrange entreprise qui loge et nourrit en CDI, …en fait une forme d’esclavage promue à grands renforts de pubs télé.

Notre héros démarre dans un open space glauque, avec des chefs losers débiles et la devise infantilisante  » collez au script » qui annonce la couleur.

Une des meilleures satire de management et de call center que j’aie vues

Malheureusement, j’ai vu ce type d’open space , avec des gens vraiment traités comme de la chair à canon série Z par des chefs baby sitters pas trop formés eux-mêmes, se sentant en dessous de tout. C’était quasiment comme dans le film ; salle aveugle, glauque, avec dans la salle tous les rejetés du marché de l’emploi…essentiellement des minorités dites visibles. Pour y aller , il fallait passer par un hall d’immeuble digne d’un hall à dealers, monter au 2e étage où on attendait derrière une porte en fer. Un film américain. Le lieu se trouvait dans une commune du Sud de Paris.

Notre héros se fait cependant des potes dont Sidney Poitier, littéralement impérial en vendeur malin. Sidney restera le premier acteur afro-américain oscarisé (il y eut aussi Hatty Mc Daniels en 1939 mais en meilleur second role féminin ). Il est remarquable et n’a rien perdu de son talent. On aimerait tant le voir plus souvent.

Les scènes de caritcature de call center sont remarquables. Le film utilise les effets humoristiques visuels avec intelligence. Cynique, lucide, caricatural, il trouve un ton juste et dérangeant en même temps , car cru. Il montre bien la nature du boulot de télévendeur et son côté ingrat car intrusif : sorry to bother you ( désolé de vous déranger) , indique le script .

Un des travailleurs, incarné par l’excellent Steve Yeun ( révélé par The Walking Dead) envisage de monter un piquet de gréve. C’est qu’on s’organise chez Regalview.

Les péripéties, le succès mènent notre Candide à changer de poste. Le voici enfin dans l’ascenseur des Super Vendeurs…

Lakeith Stanfield incarne Cassius Green. Il devient Super Vendeur…mais à quel prix.

Le film bascule de l’open space prolo à l’élite des entreprises de type Gafa ou Cac 40. Du ghetto, le voici projeté dans le monde de ceux qui parlent tout le temps avec « une voix de Blanc » .

Le héros tombe même sur le fringant PDG de Worryfree, l’étrange groupe qui réduit en esclavage des volontaires tous frais payés…les pubs font rire nerveusement…

Ce personnage est particulièrement angoissant et dérangeant, il vous donne la nausée, on le sent dépravé, mégalo, pervers narcissique. En quelques répliques, Boots Riley nous montre tout ce qu’il y a d’abject chez ce type pourtant fringant et séduisant. On sent que quelque chose est pourri en lui , dès les premiers spots télé de Worryfree.

Boots Riley et certains membres de son casting secondaire

C’est là l’étrange vertu de ce film qui passe de la satire à quelque chose qui relève du thriller, du suspense…car il va loin dans l’anticipation et l’absurde. Je vous laisserai voir comment Boots passe du gag au suspense.

Contrairement à ce qu’on croit, il y a des références culturelles dans ce film. On y parle du Kivu, de la robotisation, de la déshumanisation du travail, de la perversion et de la cupidité, mais aussi de l’évolution sociale et de ses conflits de loyauté, et même de culture. On se moque du monde de l’entreprise, de l’art moderne, des riches, des pauvres, des nouveaux riches (afro-américains) aussi, et on dénonce la violence de la plus étonnante manière.

Boots Riley réussit bien son coup en nous basculant dans un univers où on perd pied comme le héros, entre musique grinçante et références visuelles à la Apocalypse Now et autres univers angoissants : plafonds bas, lumières rouges ou gris glauque, clairs-obscurs à répétition… pour de temps en temps nous remettre au soleil, dans des univers opulents apparemment trop clean et aérés pour être sains.

Ah oui, j’oubliais, Boots Riley en met une bonne couche sur les médias, ces caisses de résonance futiles et sans substance. C’est un peu cru, mais au moins c’est clair. Boots Riley semble vouloir nous faire rire par un hyper-réalisme ironique. qui finit par troubler…puis déranger, voire angoisser. .

Bref, un film rare, étrangement équilibré et cohérent, à la fois comique, touchant, poignant, grinçant, qui met mal à l’aise, fantasmagorique et hyper-réaliste en même temps. Je pense que Dupontel a dû bien aimer, lui qui sait aussi brocarder le monde par un étrange hyper-réalisme désespéré, plus poétique peut-être.

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