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CINE- BOULOT- Numéro Une, le prix des ambitions

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Numéro Une est un film pour lequel vous avez peut-être vu, lu des critiques moyennes genre 3 sur 5.  Je ne suis pas d’accord. Certes, ce n’est pas le chef d’oeuvre oscarisable à la Spotlight parce qu’ il n’a pas le rythme d’un Corporate.

Le pouvoir esseule qu’on soit femme ou homme

Mais ce serait bien dommage de manquer ce film qui fait le choix d’un montage un peu plus long de quelques secondes sur chaque plan que de passer à côté d’un film remarquablement dialogué, écrit, complet sur les problématiques d’accès au pouvoir pour un outsider, en l’occurence ici une femme ( mais cela aurait pu être une autre différence) .

Riche, très bien incarné par un casting de qualité mené par Emmanuelle Devos et Richard Berry, le film bénéficie d’un bon scénario, dense mais multidimensionnel.

Il fut un temps où le monde de l’entreprise était traité de manière presque débile par des scénaristes et réalisateurs qui n’avaient jamais mis les pieds dans une entreprise qui ne fût pas de cinéma. De nos jours, les films français ont vraiment gagné en réalisme. Chaque année, on se rapproche du réalisme avec des productions comme L’OutsiderCorporate, et maintenant Numéro Une. Tonie Marshall signe un film basé sur des anecdotes de femmes de pouvoir, qu’elle a pu rencontrer grâce à la reporter Raphaelle Bacqué du Monde.

Il n’y a eu que deux femmes PDG dans le CAC 40 ( le top 40 des entreprises françaises) : Anne Lauvergeon chez Areva jadis, et Isabelle Kocher chez Engie actuellement. Des entreprises semi-publiques avec un actionnariat d’Etat.

Emmanuelle Devos joue le rôle d’une femme directrice au Comex d’une société d’éoliennes. Elle parle et chante en chinois, est ingénieure et a participé à une voyage avec le Premier Ministre. Un réseau de femmes la repère et lui propose de la soutenir pour devenir la 1ere femme PDG d’un groupe du CAC 40, Antéa ( sorte de Véolia) .

Elle hésite puis accepte de tenter le coup. Mais les peaux de bananes commencent à pleuvoir car en coulisses, un autre homme, ancien PDG d’Antéa ( Richard Berry), veut placer son poulain. Berry est littéralement génial en bad guy sexiste, machiste, vulgaire, perfide, vicieux et arrogant.  Aidé de son Raspoutine ( Benjamin Biolay, parfait de réalisme en mec ravagé pas net,  qui ne dort jamais) , il fomente de sales coups divers et variés. Tous les coups sont permis, y compris contre le mari de Devos, un Américain. ( bizarre, dans Corporate, le mari est aussi anglo-saxon).

On le sait, le vilain rend l’intrigue encore plus tendue, et favorise la dramatisation.  Tonie Marshall restitue bien le côté vicelard de ces coulisses entre Elysée et soirées à l’opéra. Les dialogues entre Biolay et Berry sont atroces de machisme, mais sonnent tellement vrais.

Berry est parfait en vilain machiste vicieux

Les difficultés des femmes de pouvoir sont vraiment bien évoquées. Les femmes de ce type que j’ai pu cotoyer un jour, sont souvent seules, avec des maris qui mènent leur carrière parfois dans un autre pays. Chacun fait sa carrière. Contrairement aux hommes qui ont des épouses qui souvent s’arrangent pour les suivre ou lever le pied en trouvant une carrière plus compatible et originale ( télétravail, libéral, artistique) car le monsieur gagne plus , les messieurs continuent comme si de rien n’était et s’énervent sur leurs femmes qui ont la possibilité d’accéder au top job.  A fortiori, je crois que ces messieurs ne supportant pas d’être en retrait, vont faire le forcing pour rester dans la course.

Le mari s’inquiète

Les critiques de cinéma ne sont pas sociologues ou spécialistes du sujet des femmes au travail, ils sont payés pour observer surtout le traitement de l’histoire et la forme d’un film. Certes, le rythme au début et la mise en place pourraient durer moins longtemps. Il y a quelques plans ou des fins de plans qui pourraient être éludées. Il en résulte un montage un peu plus temps réel mais franchement; c’est bien moins lent que des films comme Une Séparation ( avec B Béjo récompensée à Cannes) , que la critique a encensé alors que j’ai surtout vu pas mal de scènes gratuitement trop lentes pour ne rien dire.

Les points forts du film sont assurément les contenus, basés sur des anecdotes qu’on sent vraies, et des dialogues plus vrais que nature. Tonie Marshall a eu de la matière pour ciseler des dialogues de toute beauté vénéneuse.

Lire que Tonie Marshall a eu du mal à financer le film ( bouclant son budget grâce à Coca Cola et Axa)  car les financeurs se demandaient  » si cela intéresserait vraiment des gens » est juste grave . On aurait mis un homme de 35 ans à la place de Devos, 50 ans,  dans une optique La Couleur de l’Argent, personne n’aurait rien dit. Mais là, c’est une femme et elle a plus de 39 ans.

Bravo à Tonie d’avoir réussi à monter ce projet, que je trouve inspirant pour nombre de femmes et d’hommes. Ce film évoque de façon large la question d’une quête du pouvoir suprême  et du regard des autres: ceci concerne aussi bien les femmes que toute personne qui ne semble pas correspondre au portrait robot du PDG français: homme blanc qui a des dossiers sur tout le monde et des potes à l’Elysée.

Isabelle Kocher est l’actuelle seule PDG du CAC 40, chez Engie

Le film en profite aussi pour brocarder ces milieux de collusion où l’Etat est un acteur décisionnaire. L’économie française est connue pour ce secteur semi-public où aucun PDG n’est choisi que pour ses compétences.

Un autre point que j’apprécie dans le film est que l’auteure préserve des scènes entre Devos et son père ( Sami Frey) , évoquant la raison intime de cette quête de pouvoir: un père émotionnellement peu présent et égocentrique qu’elle essaie d’impressionner désespérément. Souvent une des raisons inconscientes de ceux  et celles qui se ruent dans le travail, la réussite sociale et le …burnout. 

Qui veulent -ils impressionner vraiment au fond ? Les médias, ou un parent qui ne les a pas regardés ( voire reniés)  ? Derrière une quête obsessionnelle de pouvoir, il y a un profond désir d’être à la hauteur d’un idéal , pour démontrer quelque chose à quelqu’un et obtenir son amour, son admiration. Ceci peut hélas amener à sacrifier sa famille, sa santé et ses amours.

NB- Les fans de psy pourront lire Les filles et les pères d‘Alain Braconnier ou Père Manquant, Fils Manqué de Guy Corneau. 

 

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