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CINE- BOULOT- The Circle, une satire tellement réaliste

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The Circle est un des films les plus intéressants de l’été. Sorti depuis le 12 juillet, il passe partout en France. Adapté du roman éponyme de Dave Eggers, il s’avère une satire efficace et caustique d’une triple culture: corporate, sauveur à l’ américaine et réseaux sociaux. De quoi ricaner du début à la fin.

Emma Watson en plein conte initiatique digne d’un Candide 2.0 que Voltaire n’aurait pas dédaigné.

Quand un film s’appuie sur un roman, on a en général un socle minimum garanti de dramaturgie et de contenus dialogués efficaces. The Circle , malgré une réalisation assez banale par les standards actuels, nous offre une caricature hélas tellement réaliste.

Emma Watson et Tom Hanks , entourés d’un casting de qualité, assurent le spectacle, aussi vrais que les vrais.

Pourquoi The Circle vaut le détour ?

  • Une satire du monde de l’entreprise

Véritable satire du monde de l’entreprise, ce monde corporate ogre de ses zélés collaborateurs consentants, The Circle est une entreprise inspirée de toutes les sociétés de l’Internet qu’on surnomme rapidement GAFA ( Google, Amazon, Facebook, Apple). C’est là qu’attérit Emma Watson, alias Mae Holland, jeune fille diplômée en histoire de l’art, qui a fini dans un call center mais qu’une amie haut placée fait entrer dans le Saint Graal : The Circle . Aux abois, papa malade, elle est folle de joie d’avoir enfin trouvé un boulot avec une mutuelle de qualité.

Mae a à coeur de bien faire son travail et d’avoir de bonnes notes, tant elle est reconnaissante et heureuse.

The Circle est même un paradis auto suffisant à part,  où tout le monde forme une joyeuse communauté de jeunes dynamiques, sacrificiels, totalement excités par la mutuelle et les nombreux jeux, réseaux sociaux et avantages offerts …pour plus de performances bien sûr. Insidieux, ce monde communautaire se rapproche de la secte, avec ses rituels, sa mentalité, ses gourous. Bientôt, il n’est plus possible pour Mae de se détacher de cette vie en cercle fermé, logée, blanchie, nourrie sur- place en 7/7. La scène où deux superviseurs viennent expliquer à Mae qu’elle devrait passer son weekend au sein de l’entreprise pour cotoyer ses collègues, est jubilatoire.

Une hypocrisie délicieusement dialoguée à l’américaine, vous savez cette manière sirupeuse de dire les choses , de vous obliger, sans avoir l’air d’y toucher, et tout en étant tellement cool et sympa. Les jargons internes à l’entreprise isolent aussi les employés , exactement comme dans une secte.

Otage des réseaux sociaux, le collaborateur est emmailloté dans un cocon suffocant qui le surveille en permanence

  • Une satire du monde Internet

Les services et produits proposés par The Circle sont basés sur les réseaux sociaux et le partage de données personnelles. Clairement, l’auteur s’attaque à Google, Facebook , et toutes ces entreprises qui de manière plus ou moins légale ne respectent pas la vie privée d’internautes bienheureux.

De la caméra intrusive SeeChange, on passe au système de traque  SoulSearch, toujours des produits qui sauveront le monde bien sûr.

Comme l’entreprise est totalement sectarisée, abreuvée à la croyance qu’on est les meilleurs et qu’on sauve le monde, il n’y a plus de recul sur l’usage des produits tant qu’ils rapportent de l’argent aux deux associés, aussi beaux parleurs que calculateurs .

Mae accepte de porter une camera Seechange en permanence en vertu du programme Transparency, la télé réalité par Internet bien sûr

  • Une satire d’un certain esprit protestant américain

Les produits veulent sauver le monde, aider chacun sans son accord. Par ailleurs, on insiste beaucoup sur le fait que le secret est péché de mensonge, par conséquent rien ne doit être caché, tout doit être filmé, archivé, analysé pour être utilisable. Officiellement, le but est de sauver le monde, en réalité, il s’agit aussi de prendre le pouvoir et de gagner encore plus, peu importe les conséquences dont Mae et ses proches souffriront.

On n’est plus loin du despotisme du sauveur, et donc de la chasse aux sorcières. Celui qui ne rentre pas dans le moule est anormal et doit être sauvé de gré ou de force.  La devise de l’entreprise est « Sharing is Caring » , tout un programme intrusif de sauveur.

Mae passe du soulagement matériel au désenchantement éthique

Les scènes d’hystérie corporate de collaborateurs embrigadés sans aucun recul sur ce qu’ils font, répondant de façon pavlovienne au gourou de PDG super cool sont frappantes et tellement vraies. Nombre d’entreprises tentent de créer une culture d’entreprise en jouant des mêmes leviers, mais de façon plus légère bien sûr.

Une amie me disait tout de même que son employeur ( une des plus grosses Big Five du conseil) avait tenté d’imposer une application où chaque salarié devait cocher un smiley indiquant son humeur du jour, permettant au chef de mission de voir chaque matin le moral de l’équipe. L’appli fit un four, sans surprise. Qui aurait osé cocher un smiley triste ? A t on besoin d’un smiley pour dialoguer avec son collaborateur ?

Emma Watson incarne parfaitement ce personnage de Candide qui plonge avec joie dans cet univers salvateur qui permet à son père de se soigner convenablement. Puis, elle est impressionnée par tous les avantages offerts. Même si elle tique sur certaines choses ( je vous laisse voir)  , elle  nous surprend en continuant de jouer le jeu de son employeur, de façon finalement ambigue. On se demande si c’est par naïveté ou par ambition cynique.

En patron hégémonique faussement cool plus puissant que les Etats , Tom Hanks est comme d’habitude caméléon, parfait en patron de la Silicon Valley. Il dit s’être inspiré directement de Jack Dorsey, le milliardaire Internet qui dirige Twitter et Square. Ce dernier, assez gêné, nia toute ressemblance.

Barbe, petit blouson banal à la Bill Gates, Hanks se fond dans le personnage avec naturel.

Bref, un bon film à voir,  davantage pour le contenu que pour la forme, au final  de style classique. Un film qui fait réfléchir . Si vous travaillez dans un grand groupe ou une startup , vous ricanerez encore plus jaune que les autres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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