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CINE- BOULOT- Corporate, ma RH m’a tuer

3 Commentaires

Corporate, c’est le film d’entreprise à voir du moment. Après Sloane qui nous faisait entrer dans le monde fermé des cabinets de lobbying de Washington ( Jessica Chastain au sommet de son art) , voici un film français, un « office drama » aux accents de film à suspense.

Corporate ne se passe pas à DC mais juste en France, dans un groupe français qui ressemble à une grosse PME grise, en pleine transformation. Parmi les bons petits soldats du DRH (Lambert Wilson), se trouve Mme Tesson Hansen, incarnée par une Céline Sallette plus que parfaite.

Au programme de ces RH robotisés,  machines programmées pour réaliser des objectifs : « dégoûter les gens » pour les faire partir. Quand l’un d’eux saute du dernier étage, les choses basculent …

La gestionnaire des ressources humaines Tesson Hansen est une gestionnaire comme les autres . Issue d’une formation en droit du travail ou en commerce, la trentenaire est rentrée de Londres pour prendre un poste fort attrayant, soi disant salarisé à 100KE ( qui est la seule grosse invraisemblance du film).

Son quotidien ? Dégoûter des collaborateurs de son périmètre de seulement 73 salariés ( seconde invraisemblance, on sait que les RRH de ces groupes gèrent souvent 200 à 500 collaborateurs parfois répartis  sur plusieurs sites) . Objectif sournois:  les inciter à la mobilité, bref, les faire dégager car ils sont « réfractaires au changement ».

Les méthodes : refuser les rendez-vous au collaborateur désespéré, placardiser et manipuler pour qu’ils décident « d’eux mêmes « à partir. Moyen; le faire soi-même ou « former » voire forcer  les managers à harceler leurs subalternes, ce qui constitue une forme de harcèlement moral en elle-même.

Les personnages sont fictifs mais les méthodes de management sont bien réelles.

A force de les pousser vers la porte, l’entreprise finit par en pousser un par la fenêtre. Woops.  C’est là que le drame commence pour la RRH , déjà au bout du rouleau à force de jouer les monstres froids. On sent bien que derrière la poker face de Céline Sallette, il y a un humain qui veut surnager, mais elle ne sait pas faire, l’ancienne diplômée devenue career woman. Personne ne lui a appris à gérer l’humain. Elle gère des ressources comme on gère un cheptel de matricules.

Le film décortique très bien les rouages de l’entreprise ogresse avec ses chefs et petits chefs , ses rouages de bons petits soldats, très bons techniciens payés à utiliser leurs outils et techniques sans recul éthique ou humain.

Une scène choquante montre cette RRH demandant au superviseur du suicidé d’aller emballer les affaires du salarié, alors que c’est son travail. Tout le symbole d’une fonction RH en lambeaux, sorte de squelette à l’agonie de malnutrition. L’humain a disparu, restent les titres et les slides powerpoint.  Les RH sont juste payés à faire de la paperasserie. Certains font encore un peu de comm interne pour faire du social washing.

Céline Sallette signe une prestation césarisable

On voit comment le personnage principal passe du déni de sa culpabilité à l’affrontement de ses démons, de ses valeurs personnelles, s’acculant au burn out tout en cherchant à survivre de cet échec éthique, moral. Ce film me rappelle l’excellent Les Trois Mondes de Catherine Corsini. Ce film avait révélé Raphaël Personnaz en directeur commercial prometteur qui tue accidentellement un passant alors qu’il est à la veille d’épouser la fille de son patron. Il fuit la scène de l’accident mais est pris de remords terribles.  Sa culpabilité remonte à la surface pour se fracasser sur ses ambitions sociales. Parallèlement, un témoin qui a tout vu le confronte. Un trio étrange se noue entre le témoin, en sandwich entre le bourreau pour qui il a de la pitié et la victime avec qui il sympathise.  Un excellent film, sobre et puissant qui ne vous laissera pas indemne. La mécanique du film est impressionnante. C’est un des meilleurs films que j’aie vus.  Il nous touche dans nos mécanismes moraux les plus intimes. Qu’aurait on fait à la place de la victime, du bourreau et du témoin ?

Dans le film Corporate, pas de dilemme aussi puissant.  L’Inspectrice du Travail et les syndicats sont aussi évoqués de façon réaliste. L’inspectrice du travail joue un rôle clé dans la dramatisation, puisqu’elle représente la contrainte qui menace les jeux illicites de cette entreprise,  où le silence s’achète par des promotions internes et des expatriations. Jusqu’où est ce que le procédé fonctionnera t -il ?

Corporate, co écrit et réalisé par Nicolas Silhol,  étudie vraiment bien les moeurs sociales d’entreprise, les éléments de langage , les rites et les tics de ces cultures corporate faites de jeux de pouvoir et de perversité mais aussi de loyauté plus ou moins de façade. Le scénario est brillant de sobriété et d’optimisation, brassant un maximum de sujets autour des risques psycho sociaux, du management. Le style un peu documentaire est parfait de sobriété.  Je déplore juste un manque de représentativité ethnique dans le casting où aucun figurant ne semble de couleur. Ce n’est pas très crédible.

Céline Sallette, Lambert Wilson

Les acteurs sont remarquables et crédibles, en particulier Céline Sallette, une valeur sure qui joue à la perfection l’inadéquation sociale, le remord, le doute, et le côté carriériste et ambitieux d’une technocrate qui veut bien faire son job ; elle illustre très bien ce que la RH est devenue aujourd’hui, dans un monde gouverné par l’argent: une variable d’ajustement et un outil d’exécution de la politique financière,  qui n’en a plus grand chose à faire de ces humains tous interchangeables tels des insectes dans une ruche. On est là pour gérer des contrats, pas des gens.

D’ailleurs, c’est ce que cette RRH va découvrir: qu’elle aussi est jetable. Après avoir participé au jeu malsain à fond, elle est à son tour sur la sellette, seule, rejetée, acculée. Le film prend des accents de thriller,  de film de lanceur d’alertes, et de drame psychologique.  Dans le biopic  The Insider, Russel Crowe joue le rôle d’un chercheur très bien payé qui en a marre d’être le rouage de son employeur; le conflit éthique est tel qu’il décide de dénoncer certaines politiques de son employeur ( ajouter des additifs chimique  addictifs dans les clopes pour rendre accros les fumeurs ).  Un excellent film qui fut nommé aux Oscars.

Bref, Corporate est un excellent film, instructif. Il sera un peu dérangeant pour certains RH, mais il a la vertu de montrer de façon claire et sans humour, certaines vérités autour de la gestion RH dans les entreprises françaises aujourd’hui. Le malaise est réel dans ces fonctions anorexiques émotionnellement qu’on méprise comme des vendus à la direction, ou des incapables handicapés relationnels. D’ordinaire, on se contente d’en rire dans des comédies ou des sketches, mais là, on voit la réalité dans son pathos, et ce n’est pas plus mal. Pas de dénonciation outrancière, les faits se suffisent à eux mêmes;  la fin est un peu trop démonstrative  mais elle est amusante.

A voir avec un collègue, des potes de boulot, des camarades d’école, peut-être pas son RRH.

PS- dans la même veine, vous pouvez lire et relire le classique « l’open space m’a tuer », un livre ironique qui dénonce avec dérision la vie des cadres d’entreprise surtout dans les cabinets de conseil. Il se base sur des anecdotes réelles , ce qui le rend très authentique dans son parler et les contextes évoqués.

 

 

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3 réflexions sur “CINE- BOULOT- Corporate, ma RH m’a tuer

  1. J’ai également beaucoup apprécié ce film. Comme vous, le fait que la RHÔNE n’ai « que  » 73 salariés m’ a fait lever un sourcil:un RH par service, c’est quoi cette boîte ?
    Par contre, mon mari qui a travaillé en usine, comme directeur et dans des services de développement, me disait qu’on n’arrêterait pas un chantier comme l’inspectrice le fait. Mais bon, c’est un détail par rapport au sujet.

  2. La RH, pas la Rhône…

  3. Pingback: PEOPLE-BOULOT- Les Feux des Télécoms: haine, orgueil et mensonges | Bienvenue , Welcome to my blog

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