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CINE- La Fille de Brest, envers et contre tous les lobbies

2 Commentaires

Je viens de réussir à attraper la Fille de Brest in extremis dans un cinéma indépendant parisien.

Le film de lanceur d’alerte est devenu un genre à soi tout seul, grande spécialité américaine. Emmanuelle Bercot n’a pas à rougir de son opus français dédié au scandale du Mediator, un médicament escroquerie prescrit à tort et à travers avec des conséquences mortelles chez de nombreux patients qui risquaient des pathologies cardiaques très dangereuses. Un scénario à l’américaine solide et efficace, une réalisation de qualité, un casting parfait.

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Déterminée à sauver des milliers de patients de la mort, envers et contre tous les lobbies

Et surtout le choix de la lumineuse Sidse Babett Knudsen pour incarner le docteur Irène Frachon, la lanceuse d »alerte de ce scandale médical, apporte la touche en plus à cette oeuvre implacable d’ efficacité contre les lobbies.

 

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Le film de lanceur d’alerte est devenu quasiment un genre à soi tout seul, grande spécialité américaine . Un type de biopic très apprécié et souvent oscarisable. On se souvient de l’excellent Révélations ( The Insider)  avec Russell Crowe en chercheur bourru et farouche qui trahissait son employeur producteur de tabac pour dénoncer les additifs délibérément ajoutés aux cigarettes à Al Pacino, reporter de 60 minutes. Deux superstars pour le plus grand procès de tous les temps contre des fabricants de cigarettes, condamnés à des dizaines de milliards d’amende. J’ai vu ce film 2 fois en salle et j’ai la BO et la vidéo du film chez moi. Je vous le recommande.

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Une ambiance de thriller juridique et médiatique unique, envoûtante. Une dénonciation implacable des méthodes mafieuses d’intimidation de certains lobbies. La vie du pauvre chercheur lanceur d’alerte s’en retrouvait broyée: divorce, fuite dans un autre Etat, menaces, licenciement, etc. Ce brave chercheur est depuis devenu prof de maths dans un lycée et a remporté des prix comme pédagogue hors pair.

Bien sûr, quelques années plus tard, Erin Brockovitch avait aussi marqué les écrans avec la prestation oscarisée de Julia Roberts en mère célibataire aux abois qui devient avocate et découvre un scandale d’eaux contaminées par des métaux lourds. Son associé ( si patient ) était incarné par l’excellent Albert Finney. Une success story de Soderbergh fort réussie, jubilatoire comme on les aime.  La vraie Brockovitch est devenue un exemple parfait de maman qui se reconvertit avec succès, étudiant le droit le soir et devenant une grande avocate.

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Un peu comme JK Rowling qui écrivait les Harry Potter au pub , mère célibataire de  3 gamins, tout en étant au RMI, avant de devenir la femme la plus riche du UK ( hormis les héritières comme la Reine) .

Plus récemment, on a eu le sympathique film oscarisé Spotlight, sur le scandale de pédophilie des curés de Boston, dénoncé par des reporters d’un journal local.

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Pressions, intimidations, tout fut bon pour empêcher ce journal de briser l’omerta qui durait depuis des décennies sur les viols pédophiles de certains curés.  On en sortait assommé, abasourdi par l’ampleur des statistiques. ( cliquer ici pour lire le post sur ce film) 

(J ai manqué Snowden pour le moment. )

Eh bien, on  a un peu le même effet statistique quand on se penche sur le sujet du Mediator. J’avais entendu parler du scandale, j’avais entendu le Dr Frachon à la radio mais n’avais pas soupçonné les difficultés qu’elle avait rencontrées contre l’Afssaps, de mèche avec Servier, numéro 2 français des « labos ». Les lobbies médicaux et pharma sont vraiment au summum de leur art, cadenassant un système d’où surnagent quelques courageux , comme le magazine indépendant Prescrire.

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Servier tente de museler Frachon

Le film est remarquablement construit, la 2e partie est encore meilleure avec le combat de Frachon pour médiatiser vraiment le calvaire des victimes de ce médicament criminellement préconisé et finalement prescrit par des médecins « informés » par des lobbies.

Frachon est pneumologue, pas cardiologue, pas chercheuse , pas Parisienne non plus. Il lui faut donc redoubler de niaque pour défendre sa cause. Elle persuade Le Pr Le Bihan ( Magimel) de faire une étude qui s’avèrera décisive pour obtenir le retrait du médicament. Mais le reste est à faire:  faire tomber le lobby et rendre public le scandale qui fera tomber l’Afssaps, agence étatique  » aux mains des lobbies ».

Ce combat de 2 ans nous est narré avec panache, énergie et rythme. On suit les problèmes des héros brestois, au départ regardés de haut par les experts parisiens. Le CHU de Brest fait figure de village d’Astérix.

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Il ne sait pas dans quel sacrifice la guerre de Frachon va l’embarquer

Frachon porte à bout de bras ce combat, remotivant Le Bihan , telle une Jeanne d’Arc. Justement, on tente diverses pressions pour la faire douter, la rendre folle, la faire craquer en la diffamant, en l’humiliant. Forcément, on veut la faire passer pour une folle narcissique qui se prend pour une pasionaria de province avide de gloire nationale. Le film pose intelligemment la question qu’on envoie souvent aux lanceurs d’alerte , leur reprochant le syndrôme du sauveur, une ambition machiavélique individualiste.

On sait qu’en fait les lanceurs d’alerte se retrouvent sur des karmas sacrificiels où ils perdent tout au nom de valeurs et de vies humaines: carrière, argent, famille.

Servier en prend pour son grade, on n’est plus dans la mauvaise foi mais la manipulation et l’escroquerie pure.

Le Bihan se voit obligé de partir oeuvrer au Canada car sa carrière est grillée. L’Inserm ne l’agrée « mystérieusement  » pas. Il y est toujours. 

Le duo Frachon-Le Bihan est très bien narré:  l’évolution de leur partenariat, leurs bisbilles, leurs froids, leurs reproches mutuels. On voit que ce n’est pas de tout repos. Lui est introverti et a peur d’être contredit par les labos qui ont leurs experts. Elle est plus sanguine et passionnelle. On en profite pour en apprendre plus sur le monde des chercheurs médicaux. Le couple Frachon est bien évoqué également. Le soutien du mari du Dr Frachon est décisif dans la poursuite du combat.

Il n’y a pas de combat sans peur.

Tous les résistants ont eu peur ( Le Bihan) 

Si Magimel est crédible , Sidse Babett Knudsen nous fait un festival, lumineuse, extravertie, passionnée. Je la vois sans problème décrocher un nouveau César. L’actrice de Borgen précise qu’elle a donné un côté plus clownesque à Frachon car elle ne pouvait l’incarner exactement à l’identique, vocalement notamment. Dans le film, Frachon est danoise; ceci est évoqué à une reprise par Magimel.  Knudsen aurait pu parler avec encore moins d’accent, mais c’est à 98% parfait. Bercot a eu une idée vraiment géniale de faire appel à elle malgré la non ressemblance avec la vraie Frachon.

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Comédienne elle-même, Bercot sait diriger Knudsen

 Knudsen a un visage de madone qui accroche la lumière, un regard qui brille comme l’océan. Sa manière d’incarner Frachon en exprimant à haute voix par des onomatopées les énervements intérieurs de Frachon, sont une très bonne idée. Le scénario est remarquable. Ils s’y sont pris à 3 et le boulot est à la hauteur.

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Bercot recourt aussi à des images métaphores, comme cette scène de natation en mer. Le film est équilibré et tout aussi dramatique qu’un film d’alerte américain.  Un bon suspense qui nous tient en haleine, de vrais méchants , arrogants, vils, cyniques, inhumains, qui nous font enrager et de vrais héros, humains, seuls, fragiles,  déterminés à sauver des innocents.

On se rapproche un peu de Sully où un brave pilote héroïque se voit remis en cause par des assureurs, pas très heureux de voir un A320 à l’eau.

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La Fille de Brest n’a rien de manichéen ( binaire). Le film se contente de narrer les événements sans en rajouter. Nul besoin d’en remettre une couche , quand on voit l’évidence du cynisme, de la bureaucratie crasse.

On assiste au destin de malades obèses ou vieux qui succombent à des coeurs bouffés de l’intérieur par la molécule du Médiator. On observe la pauvre Dr Frachon, témoin impuissant de ces malades qui peinent à respirer, faute de coeur valide. On assiste irrité aux débats où la pauvre provinciale ( en tenue colorée pas du tout office wear) se fait humilier par des labos et des comités parisianistes méprisants.

C’est passionnant tout en étant étonnamment sobre. Très bien servi par un casting de qualité.

Bercot réussit un film puissant, efficace et émouvant, parce que très humain et très complet, décrivant un système froid et inhumains,  des destins d’ humains et leurs familles ( pro et perso) . La durée de 2h08 est amplement justifiée, ce qui est rare de nos jours…

A voir d’urgence.

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2 réflexions sur “CINE- La Fille de Brest, envers et contre tous les lobbies

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