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LIVRE-CINE- Margaret Powell , maîtres et domestiques dans la lumière

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Grâce à la Britannique Margaret Langley Powell, les relations entre les maîtres et leurs domestiques ont trouvé toute leur place dans la littérature et les médias. C’était bien légitime quand on considère les façons souvent hypocrites, condescendantes et humiliantes dans lesquelles les domestiques étaient traités.

Je viens de lire  ses mémoires , Les Tribulations d’une cuisinière anglais ( Below Stairs en anglais) , un récit délicieux, merveilleusement instructif  mais terriblement ahurissant voire choquant de la vie prolétaire d’une jeune fille, placée en domesticité dès l’âge de 13 ans dans l’Angleterre post Première Guerre.

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Un livre qui a inspiré de nombreux écrivains, scénaristes et réalisateurs, pour notre plus grand bonheur de lecteur et spectateur.

  • Margaret Langley, de fille de cuisine à écrivain de best-sellers
  • Maîtres et Valets, deux mondes parallèles
  • De Gosford Park à Downton Abbey
  • Révélations et vie secrète des people

Les Tribulations d’une cuisinière anglaise sont une mine de renseignements sur la vie des Anglais au début du XXe siècle. Margaret Powell est née Margaret Langley dans une famille nombreuse pauvre, comme on en voit des millions en Europe. Elle grandit dans la faim, le dénuement mais avec l’amour de ses parents. Débrouillarde, elle et ses soeurs ramassent du crottin de cheval pour le revendre, histoire de se payer un billet de cinéma ou de cirque. Mais ses parents sont trop pauvres pour la nourrir jusqu’à ses 18 ans ,âge auquel elle aurait pu devenir institutrice, son rêve.

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Une jeune bonne au temps de la Reine Victoria

Margaret Langley démarre donc comme domestique ( « en condition » ) à 13 ans chez un couple de vieux. Les places ne manquent pas pour les ados, qui sont encore frais et moins chers. Margaret a du caractère et elle bosse dur. Elle  dispose aussi d’un physique robuste qui plait aux employeurs, une blanchisserie notamment. Mais cette blanchisserie la licencie quand elle atteint 15 ans, car le patron préfère embaucher une jeune de 14 ans, moins chère.

Margaret détestant la couture, sa mère , ancienne domestique elle-même, lui conseille d’entrer comme fille de cuisine, le poste le plus bas de la domesticité. La jeune Langley découvre à 15 ans la réalité d’un métier digne de l’esclavage. Levée à 5h30 , elle doit briquer le fourneau, le pare-feu et le tisonnier, laver la porte ( poignées en cuivre, etc) et le perron en pierre ( à frotter avec un galet) , cirer toutes les chaussures de la maison et les couteaux , et mettre la table pour le petit-déjeuner des domestiques à 8h.

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Downtown Abbey : une fille de cuisine complexée, esclave, au plus bas de l’échelle

Et ce n’est que le début de la journée pour la pauvre jeune ado , car Margaret doit aussi aider la cuisinière comme commis, laver le service en porcelaine de 116 pièces chaque semaine. Le tout sans gants ( que ce soit pour briquer les cuivres ou le perron, dépecer les trophées de chasses du patron), que l’eau soit pleine de soude ou de savon noir.

Les équipements sont  d’époque et les tâches puantes: éviers poreux qui puent, un galet à frotter sur le perron au lieu de poudre à récurer, des bestioles chassées par le patron à faisander et dépecer à mains nues, etc.

Les mains de la jeune fille sont rouges et écorchées en permanence. On lui demande des choses insensées comme repasser les lacets de chaussures des patrons tous les matins ou dépecer des bêtes faisandées.

Personne ne semblait faire le rapprochement entre le fait que je n’étais pas présentable et le fait que la cuisine était propre, la table d’un blanc immaculé et les casseroles en cuivre rutilantes.

Margaret n’a pas son pareil pour conter son quotidien, anecdotes croustillantes et regard innocent d’ado sans instruction à l’appui. Une âme simple, pleine de bon sens.  On adore lire sa prose pleine d’esprit et emprunte d’ingénuité à la fois.

Elle sait décrire avec détail et humour des choses qui sont vraiment choquantes de nos jours. Cette jeune fille était consciente de l’injustice sociale qu’on lui imposait, du  dédain hypocrite des maîtres, radins,  » Eux« , qui se croient supérieurs, qui vivent dans l’opulence tout en considérant que ceux d’en bas n’ont qu’à vivre comme des rats incultes, bien incapables d’apprécier le beau ou le confort.

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Gosford Park de Robert Altman

Les maîtres se rengorgent sur leur stand de charité, donnant leurs vieux vêtements aux filles perdues, alors que leurs propres serviteurs  triment comme des bêtes de l’aube au soir, dans un dénuement terrible. Pire, ils se doivent d’être transparents, telle une sous-espèce. Margaret dit d’ailleurs que cela lui fait penser aux actualités  cinématographiques où l’on voit des Noirs. Les cadeaux de Noël sont modiques, « moches et utilitaires ». Pas question que les domestiques soient belles, maquillées ou élégantes. Elles n’ont pas à être féminines.

« Langley, vous ne devez jamais, jamais vous m’entendez, sous aucun prétexte, me tendre quoique ce soit avec vos mains; toujours sur un plateau d’argent. Vous devriez le savoir. Votre mère a pourtant été en condition. Elle ne vous a donc rien appris ?

Eux ne comprennent pas que leurs domestiques pourraient être plus motivés s’ils étaient mieux nourris, mieux logés et mieux considérés.

La condition des femmes est sans pitié. Si elles ont le malheur de tomber enceintes, c’est le trottoir ou l’hospice.  Margaret est heureusement sage et ingénue, ce qui l »incite à la prudence. De toutes façons, elle est si crevée après ses journées d’esclave, que la drague ne lui dit rien du tout. Elle se méfie des garçons de courses et des soldats fauchés de la caserne voisine même si elle flirte avec.

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Ce qui est encore plus épatant, c’est que Margaret Langley  passera cuisinière, sortira de la domesticité, épousera un laitier , aura 3 enfants , redeviendra femme de ménage . Réalisant qu’elle n’a rien à discuter avec son fils aîné qui entre en fac, elle prend des cours du soir de philo et en histoire et finit par passer son Brevet puis son bac en 1969 !  Quelle femme formidable ! Une Erin Brokovitch des temps anciens.

C’est quelque chose d’enraciné en soi, et même si ça prend dix, vingt ou quarante ans, on finit par être capable de réaliser le désir qu’on avait depuis le début. ( M.Powell)

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Une grande dame qui force l’admiration

Elle publie son fameux Below Stairs et inspire deux actrices dont les mères furent domestiques: ce sera la série TV mondialement connue Upstairs-Downstairs. Une série culte qui dura quelques années, passant du noir et blanc à la couleur en 2e saison. La série connaitra un vif succès sous le titre  «  Maîtres et Valets » en France, sur la 3. Une série superbe avec un casting parfait. C’est la première fois que des domestiques, ces invisibles,  sont les stars d’un programme de fiction. Il y avait eu Journal d’une femme de chambre ou Tess d’Uberville, mais on restait dans le cas anecdotique.  Ici, on est dans le quotidien des domestiques, dans la chronique sociale.

Les patrons sont moins déplaisants que dans la vraie vie de Margaret néanmoins, mais ils se comportent comme de vrais aristos autocentrés sur leur confort et leurs contraintes.

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Maîtres et valets posent ensemble pour la promotion de la série…impensable dans la réalité

 

Malgré la difficulté de son sort, Margaret Powell a su faire preuve de résistance, de résilience, laissant les humiliations glisser sur elle,  pour toujours apprendre et évoluer vers mieux.  Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, elle saisit toutes les opportunités, même celles de manger. Ayant eu trop faim enfant, elle mange ce qu’on lui présente sans envie ni amertume. Elle prend.

Ce qui également délicieux dans ses mémoires, c’est le bond dans le temps qu’elle nous fait faire, nous faisant comprendre les changements sociétaux qui se sont produits depuis: les ados ne sont plus obéissants du tout, les domestiques ne sont plus complexés et discrets comme avant, etc.

Je lui ai demandé un jour si je pouvais emprunter un livre de sa bibliothèque, et je vois encore son air étonné. Lady Downhall m’a répondu: « Oui, bien sûr, Margaret. » Mais elle a ajouté: « À vrai dire, je ne savais pas que vous lisiez ».

Margaret a une compréhension parfaite de la psychologie des domestiques d’alors: complexe social d’infériorité, sens du devoir aliénant, enfermement psychologique et social. Elle sait nous la distiller sans pathos , ce qui rend les choses instructives sans plomber.

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Hélas , Margaret décèdera d’un cancer en 1976 à 77 ans. Elle laisse des romans, ses mémoires, un livre de cuisine et de l’inspiration pour des décennies. Devenue célèbre, elle est même passée à la télévision, élégamment vêtue comme ses patrons jadis. Une belle revanche sur un passé qui la condamnait au bas de l’échelle sociale.

Margaret laisse un héritage qui dépasse son oeuvre. Ses mémoires ont inspiré de nombreuses oeuvres sur le sujet des domestiques anglais. Non seulement Maîtres et Valets, mais aussi Kazuo Ishiguro pour Les Vestiges du Jour ( Remains of the Day ). Le roman sera adapté au cinéma par James Ivory. Il se focalise sur l’amour silencieux et raté d’un majordome et d’une gouvernante qui travaillent pour un lord. Anthony Hopkins est muré dans ses réserves et ses peurs, vivant par procuration une fierté illusoire pour son prestigieux patron, frustrant une Emma Thompson déterminée à vivre libre.

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Leur vie personnelle était tellement inintéressante qu’ils devaient tout vivre par procuration. ( M.Powell)

Les relations entre patrons et serviteurs fascinent. Elles symbolisent si bien les différences sociales, surtout dans la société britannique où l’on classifie les gens dans des castes bien précises. Ces deux mondes sont si dépaysants et exotiques pour nous les gens ordinaires qui faisons notre ménage nous-mêmes sans vivre dans le luxe des patrons.

J’en déduisais que même leurs organes n’étaient pas faits comme les nôtres, puisque ce qui était nourrissant pour nous n’était pas bon pour eux. ( M.Powell)

Robert Altman s’y colle également via le film Gosford Park. En haut et en bas, on trouve une pléthore de stars : Helen Mirren, Kristin Scott Thomas, Clive Owen, Ryan Phillipe,  impossible de citer tout le monde.

Différent en style du drame psychologique envoûtant des Vestiges du jour, Gosford Park oscille entre satire sociale, comédie de moeurs et drame.

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Downton Abbey

Bien sûr, plus proche de nous, c’est Downtown Abbey qui ressuscite le genre. La série fut créée par Julian Fellowes , un excellent écrivain à qui on doit l’excellent  roman satirique Snobs. La série nous montre cette fois des patrons humains et plutôt gentils, ce qui laisse sceptiques historiens et anciens domestiques. Un signe des temps. La série un peu trop romanesque qui s’attache à développer des porosités entre deux mondes qui étaient séparés par une douve sociale infranchissable.

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Maîtres et Valets se passe à Belgravia, le quartier aristo de Londres

On dit même que dans les demeures de campagne, les domestiques sont encore moins bien traités et plus sales qu’à Londres.

Dans les années 70, Maîtres et Valets nous montraient des patrons égoïstes, gâtés,  qui vampirisent sans remords le temps et l’énergie de leurs corvéables valets, plus proches de la réalité historique. Comme les domestiques n’ont pas de vie , les amours et soucis des patrons deviennent leur feuilleton romanesque. On retrouve cela dans Downton également. Sauf que les patrons ne se mélangeaient pas avec les domestiques et ne s’intéressaient guère à leurs petites vies.

Dans Downton, la fille de cuisine est cependant complexée et gaffeuse, comme Margaret à ses débuts.

Autre signe des temps, toute la famille royale se précipite pour visiter les plateaux de la série. Les Windsors sont  très fan.

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La condition de domestique a évolué ( sauf dans certains pays arabes où il est dangereux d’assurer ce type de poste) . Les butlers et nannies sont payés de bons salaires et  souvent issus d’écoles prestigieuses. Par contre, les femmes et hommes à tout faire sont parfois des personnes venus de pays pauvres…

On dit désormais « personnel de maison ».  Ce dernier n’hésite plus à sortir ses  mémoires. Ainsi Paul Burrell a vendu ses mémoires au service de la Reine , le Prince Charles et  Lady Diana. Des mémoires passionnants, pas du tout aussi racoleurs que la couverture de l »éditeur.

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Désormais, un employé ose raconter ses souvenirs à la presse. Les fuites restent la hantise des Windsor. Cela leur est arrivé plus d’une fois, suscitant une parano permanente au sein du Palais. En ce moment, c’est un bodyguard des Clinton qui défraie la chronique aux USA, en pleine campagne électorale. Il y raconte avoir été témoin des turpitudes sexuelles de Bill ( un mec sympa et poli) , et de la dureté dédaigneuse de Hilary, une femme limite cruelle et inhumaine à l’en croire.

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Les Brangelina ayant une nanny et un bodyguard par enfant en 7/24, on devait s’attendre à des révélations d’ex employés. On y apprend que Angelina Jolie laisse les enfants faire ce qu’ils veulent, sans aucune contrainte, et qu’ils peuvent même choisir ce qu’ils veulent étudier. Cela doit être très drôle pour les pauvres tuteurs qui font partie du Barnum permanent de cette famille déjantée hippie.  Pas étonnant que la maman de Brad déteste Angie.

Brad de son côté essaie de compenser le style permissif total de sa femme en étant « normal ». Il se lève le matin et prépare le petit déjeuner pour toute la famille. Angie se lève bien après les enfants, car c’est une noctambule.  Les nannies sont remontées sur l’hypocrisie du couple. Elles affirment que les deux stars s’arrangent pour que les nannies restent à distance en public, afin de faire croire qu’ils élèvent leurs enfants, ce qui ne serait pas le cas du tout. Les Brangelina sont un couple très attentif aux médias. Bien plus que d’autres stars qui se montrent avec leurs nannies sans honte ( ex: Mariah Carey) .

Récemment , Nana Mouskouri avait d »ailleurs révélé que ses enfants avaient été élevés par leur nanny et que cela restait un regret. Nana voyageant au bout du monde en permanence, elle rentrait à la maison trop épuisée pour jouer avec ses enfants. Le statut des nounous est particulier car hybride, entre Maîtres et Valets. Selon Margaret Powell, les nounous peuvent s’asseoir au salon avec les patrons, contrairement aux domestiques d’en bas  qui s’en méfient. La Reine d’Angleterre a  assisté aux funérailles de sa propre nounou qu’elle adorait totalement. le Prince William a fait revenir sa vieille nounou de 75 ans  pour l’aider à la naissance de Baby George.

Revenons aux domestiques d’en bas. Une consoeur blogueuse AnaVerbaniaZeBlog nous signalait un livre fort intéressant sur la vie au service des très riches. L’auteure du livre , Lydia Lecher, est  passée sur Toute Une Histoire , Europe 1 , et des extraits de son ouvrage ont été publiés dans Closer .

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On y découvre ces femmes objets ( mannequins)  qui ont épousé des hommes riches, mais ces oisives sont si soumises et narcissiques qu’elles n’ont rien à faire à part se pomponner et harceler le personnel de mesquineries pathologiques: laisser des feuilles dans les tiroirs de pulls, espionner aux jumelles, laisser les restes (forcément avariés) au personnel seulement après 15 jours d’inertie au frigo,  laisser pourrir les légumes du potager  » visuel »  grand comme un terrain de foot.

L’exploitation du personnel se fait désormais sur des domestiques venus des pays pauvres, tels le Sri Lanka ou les Philippines. Répugnant. Et on n’est pourtant pas dans une ambassade orientale.

Prakesh ne parlait pas français. Le pauvre arrêtait de boire six heures avant les festivités pour ne pas avoir envie d’aller aux toilettes pendant le service. ( Lydia Lecher)

Bref, l’histoire se répète et ne bégaie pas tant que cela.

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