L'effet colibri, the hummingbird effect

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CINE -L’Outsider, un trader fou à la Défense

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J’ai visionné L’Outsider de Christophe Barratier aujourd’hui. A priori, Kerviel ne m’intéressait guère , mais la curiosité l’emporta au vu de la bande-annonce. L’ancien fiscaliste international devenu  acteur, François Xavier Demaison officiant comme manager de Kerviel, je me disais que l’authenticité du milieu serait sûrement au rendez-vous.

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J’aime les films sur le monde de l’entreprise , en particulier les commerciaux , un monde « corporate » que j’ai bien observé de l’intérieur, même si je ne gravitais pas dans le monde de la banque ou du trading.

Ni pro Kerviel, ni pro Sogé, ce film réussi et riche en substance nous plonge dans l »univers fou des traders, ces joueurs professionnels. Et de nous faire réfléchir sur un système dévoyé et amoral arrivé à son paroxysme .

Evidemment, ce long métrage évoque le souvenir du  Loup de Wall Street et de Rogue Trader, deux films sur des traders fous damnés par l’argent. Et Barratier  ( Les Choristes, Faubourg 36 ) n’a pas à rougir face à Scorsese.

Je n’ai pas vu « Vendeur » ( seulement la bande annonce) , un film sorti le mois dernier qui présente des hommes embringués dans la spirale de l’égo du commercial, ce guerrier des temps modernes. Ces hommes qui doivent séduire à tout prix, vaincre, amasser, pour gagner la reconnaissance du père ( parfois de la mère). Au cours de ma carrière, j’ai côtoyé divers profils de commerciaux et de commerciales, y compris quelques traders ou anciens traders.

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Vendeur, un film qui semblait bien caricaturer le monde des commerciaux..trop peut être ?

Attention, nul sexisme de ma part, les femmes aussi y viennent, j’en ai vu à l’oeuvre,  même si elles sont minoritaires et semblent davantage être dans l’hyperactivité que l’addiction à l’argent, à la gagne , à la séduction à tout prix, et aux joujoux qui vont avec ( vous savez , »les blondes à gros seins ») .

NB- Bien sûr, tous les commerciaux ne relèvent pas de ce type de dynamique psychologique ( que je dessine à la hache ) , ce sont généralement ceux qui ne le sont pas qui cartonnent sur le long terme.

« Kerviel, ce n’est pas un trader, c’est n’importe quoi« . Ce jugement lapidaire de notre célèbre chroniqueur expert trader Marc Fiorentino  figure dans son excellent roman d’opinion,  «  Un trader ne meurt jamais ». Fiorentino n’avait même pas envie de traiter le sujet, tant il avait de mépris pour ce jeune middle officer devenu pseudo- trader.  A ses yeux, il savait peut être cliquer sur une souris, mais n’avait ni l’intelligence ni l’étoffe des vrais traders.

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Kerviel vient d’un milieu assez modeste : papa chaudronnier et  maman coiffeuse.  Il a grandi à Quimper et ne provient pas des milieux cadres dont est issue la plupart des diplômés des Grandes Ecoles. On nous montre une personne qui démarre modestement en middle office, sorte de larbin timide de traders fous furieux. Même Bac +5 ,  il n’a pas la maturité pour résister aux tentations…

J’ai une amie qui a jadis travaillé en back et middle office, notamment à la City de Londres, sur un trading floor de la BP ( Tour Lehman Brothers,  s’il vous plaît) . C’est un monde fou , alcoolique, obsédé sexuel,  qu’elle a quitté très rapidement, car il devenait pénible de faire l’objet des paris sexuels des traders qui s’échangent des messages Lync sur leurs écrans… Disons que les Françaises les excitent. Et pourtant, elle n’était pas blonde et n’avait pas de gros seins.

THE WOLF OF WALL STREET

La comparaison avec le Loup était inévitable, pourtant…Belfont et Kerviel n’ont rien à voir

Je me souviens d’un appel  d’elle à 15h  au boulot. Je bossais au Benelux à l époque. Ce n’était pas mes collègues anglais qui appelaient… mais mon amie affolée,  me demandant si elle devait démissionner !  Depuis, elle est allergique à la Grande Bretagne et aux Britanniques ( mais a épousé un Américain ) .

Devenu assistant de desk , Kerviel se voit finalement arriver sur le fameux desk d’un manager du nom de Keller ( alias l’excellent François Xavier Demaison, plus vrai que nature) . Très belles scènes de folie furieuse. La réalisation est rythmée et réaliste, moins grandiloquente que Scorsese qui jetait les millions par la fenêtre dans le Loup de Wall Street.

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Arthur Dupont a eu un cours accéléré de trading de Kerviel lui-même. Mais il l’incarnerait de façon plus lumineuse que l’original, selon des connaissances

La culture et le style de vie des traders sont très bien évoqués, sans ostentation ni excès de production. Les budgets de prod sont vraiment utilisés à bon escient et restituent bien l’atmosphère des lieux. Nous ne sommes pas dans une maison de courtage comme dans le Loup, mais dans une banque.

On n’est pas à Manhattan , mais La Défense ne se défend pas mal. On note les establishing scenes avec la Tour Sogé filmée de nuit en hélicoptère. Cela fait penser aux Experts Vegas.

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Le film questionne bien sûr notre complaisance cupide avec le monde de la finance

Sous la houlette de Keller, Kerviel devient finalement trader, apprenant les rouages du métier, y compris des manipulations occultes censées ne pas être utilisées pendant plus de quelques heures. Mais Kerviel ne sait pas s’arrêter, pris par une boulimie de gains assez terrifiante.

Contrairement à Ewan Mc Gregor dans Rogue Trader ( VF: Trader ), où il incarne Nick Leeson, le trader fou qui a précipité la chute de la Barings Bank ( de son poste à Singapour) , Kerviel semble moins chercher à éponger des pertes qu’à gagner toujours plus. Ceci dit, les deux traders en arrivent à la fraude et au faux, à la suite d’une grosse perte. Chez Kerviel, c’est juste 5 fois plus que Leeson ( qui a perdu 800 millions de livres) .

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Mc Gregor ne put sauver le téléfilm anglais Rogue Trader

Kerviel arrivant à se rattraper in extremis au prix de prises de risques totalement démentes qui terrifierait n’importe quel loup de Wall Street, le management entérine et l’encourage à poursuivre, tout en exigeant des « explications » par e-mail. C’est comme demander à un alcoolique de justifier son besoin de boire.

J’y allais en m’attendant à voir la plaidoirie de Kerviel des faits ( qu’on connait peu) , mais le film s’avère étonnamment équilibré . Certes, on ne nous cache rien des lacunes managériales des directeurs absents, complaisants et aveugles. On croit sans peine qu’ils soient plus occupés à parader en interne. Mais on ne nous tire pas les larmes sur la folie destructrice de Kerviel, pas du tout présenté comme un pauvre bébé perdu dans un monde de requins.

Kerviel est payé  des sommes dérisoires par rapport à ce qu’il génère. On se demande pourquoi il frise le burnout, oeuvrant jour et nuit sans dormir. Le film nous donne quelques indices : sa relation frustrée avec un père taiseux, son amitié avec son manager exubérant qui l’initie. Et cette ambition sociale qui le tenaille, lui le petit quimpérois parvenu à Neuilly.

On est dans un monde du masculin , du yang à son paroxysme, les dialogues de mecs yang fusent  : on rit  à pléthore de grosses vannes de bourrin bien drôles.  Ce sont de vrais moments d’humanité qui forgent le film et lui donne une texture plus intéressante que le Loup. Franchement, les films français n’ont pas à rougir.

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Demaison impulse le rythme au début du film. C’est lui qui initie Kerviel aux arcanes occultes du jeu.

NB- je n’ai pas trouvé de visuels illustrant le tourbillon du trading floor. Dommage.

Malgré les fraudes vraiment énormissimes, l’égoïsme crasse de ces personnages veules, pour qui la famille est devenue des gêneurs, voire une corvée , on ne peut s’empêcher d’éprouver de la compassion pour ces âmes leurrées par leur addiction à l’argent, cette énergie yang censée compenser tant de choses qui dépassent le besoin de posséder ( le regard des autres, des hôtels particuliers,  le corps de bimbos) .

Dans la vraie vie, Kerviel a entamé un pélerinage qui fut raillé par beaucoup, dont moi-même. Il perd 5 milliards ( et pouvait en perdre bien plus car il semblait devenu inarrêtable dans sa folie) et veut se faire rédempter en pleurnichant qu’on ne l’a pas arrêté à temps.

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Kerviel, le vrai

Télérama n’est pas d’accord avec moi et juge ces personnages avec la sévérité qui convient de prime abord.  En effet, comment trouver sympathiques des personnes obsédées et vulgaires même entre elles. Dans un monde du marche ou crève,  où chacun fait n’importe quoi dans son coin, tant qu’il gagne.

Cette affaire, c’est comme un accident d’avion. Le plus souvent, ce n’est pas une seule cause qui le provoque, mais la conjonction de deux, trois ou dix causes en même temps ( Christophe Barratier, co-scénariste et réalisateur)

Un film qui se regarde comme un thriller initiatique bancaire et aussi une sorte de biopic. Bon casting , très bonne structure dramaturgique avec une escalade progressive qui nous projète dans les excès de plus en plus intrépides de Kerviel.

Je vous laisserai découvrir par vous même les manipulations intrépides en question et le traitement de l’histoire, que je trouve sans temps mort et lisible même pour les prophanes.

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Di Caprio est Jordan Belfont, un patron de hedge fund en proie à un vide intersidéral de l’âme

Pour moi, ce film n’a peut être pas la folie visuelle du Barnum du Loup de Wall Street, mais Barratier signe une oeuvre plus sobre, plus authentique, mieux optimisée, plus efficace. Scorsese avait trop d’argent et avait pondu un film parfois trop long,  où il se faisait clairement plaisir avec Di Caprio dans des scènes orgiaques redondantes. Di Caprio incarnait un entrepreneur du trading qui fraudait , escroquait sciemment. Il bénéficiait de moyens financiers bien plus importants. Et une vie plus glamour.

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.

Le Kerviel du film est un salarié pas si bien payé, en manque de reconnaissance,  qui fraude surtout pour tenter le diable et prouver qu’il est puissant, en proie à des superstitions étranges ( je vous laisse les découvrir et frémir) . Sa folie immature sera arrêtée finalement par la crise des subprimes ( à voir, The Big Short) .

Il est à noter que le film se base sur le livre de Kerviel, mais ce dernier n’a pas été consulté sur l’orientation du script, uniquement sur la technique financière et la façon dont ses proches sont présentés. L’écosystème est tout autant dénoncé que lui , qui n’en ressort pas grandi, loin de là.

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Mc Gregor donne vie à Nick Leeson en 2005 dans Trader

Rogue Trader ( hélas  , souvenir assez périssable ), était mal produit et mal réalisé, pas assez de budget peut être , malgré la prestation de l’excellent Mc Gregor. Là aussi, le film avait tenté de nous montrer la folie et les peurs de ce trader qui décide de basculer dans le mensonge pour jouer encore plus et « sauver le monde ». Mais ses combines seront anéanties par le séisme de Kobé. Condamné à 6 ans de prison à Singapour, il ne les a pas terminées, atteint d’un cancer du colon. Nick Leeson a guéri de son cancer ,  été largué par son épouse Lisa,  mais il dirige désormais un club de football en Irlande.

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Le Kerviel du film, lui,  est grisé par la puissance. Il bat des records en jouant avec des allumettes nucléaires ( jouant à contre-courant du marché, baissier en général)  , perdant tout sens des réalités, mais plus dure sera la chute. Si vous voulez savoir comment il en est arrivé à risquer deux fois les fonds propres de la Société Générale après  avoir gagné 1.5 milliards d euros, courez voir ce film. Le Loup de Wall Street himself n’aurait jamais même osé jouer des sommes pareilles.

Si vous voulez tout comprendre du monde des traders et de leur quotidien, lisez le roman de Fiorentino.

 

THE WOLF OF WALL STREET

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